« 4 mai 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 119], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11826e204, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 4 mai 1880, mardi matin, 7 h. ½
Cher bien-aimé, si tu es content de ta nuit, je ne suis pas mécontente de la mienne et je t’aime à cœur-que-veux-tu ? Il fait un temps à cela, d’ailleurs, car tout est soleil, parfum et joie, au ciel et sur la terre. Je viens de m’assurer qu’il n’y a aucun Sénat avant vendredi prochain, séance publique à deux heures. Jusqu’à présent l’Académie ne t’a envoyé aucune convocation pour jeudi. Donc, liberté pleine et entière pour toi de ce côté-là pendant au moins trois jours « je les vivrai » dirait Don César de Bazan1. J’espère que tu suivras son exemple, sans soucis des fondations pieuses, mais avec l’intention bien arrêtée de mettre le temps à profit, « ce temps qui si tôt passe2 », à donner un peu de joie à ta créature et à acheter du linge, ce qui est impérieusement urgent3. D’autant plus urgent que tous les jours de cette quinzaine sont surchargés d’invitations de BEAU MONDE ! Pour te faire penser à répondre à la ville de Saint-Quentin, j’ai porté sur ton bureau tout à l’heure la couronne d’or qu’elle, la ville, t’a envoyée il y a déjà plus de huit jours4. Mme Lockroy vient de me faire dire que ni elle, ni ses enfants, ne dineront ce soir à la maison. Je le regrette doublement à cause de Vacquerie et de Meurice dont ils sont les favoris bien-aimés tous les deux. Dans la crainte que ce pauvre Vacquerie ne soit plus inquiet de son neveu5, je ne veux pas admettre d’étranger ce soir à ta table à moins que tu ne me disesa d’inviter Lesclide. Je te baise l’âme et je te bénis.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Dans la scène 3 de l’acte IV : « J’ai de quoi vivre au moins huit jours ! Je les vivrai. » de Ruy Blas.
2 Citation de la même pièce, c’est un hémistiche de Don Salluste à Ruy Blas dans la scène V de l’acte III.
3 Le 21 avril 1880, Juliette écrivait à Hugo : « je te fais remarquer que le temps est absolument venu de remplacer ton pantalon et ton gilet, tu ne vas pas montrer le dessous de ta feuille de vigne. »
4 Cette couronne serait un remerciement pour la lettre adressée par Victor Hugo aux citoyens de Saint-Quentin, transmise par Anatole de la Forge au début de cette année 1880.
5 À élucider.
a « dise ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
