« 4 août 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 202], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10747e164, page consultée le 09 août 2026.
Paris, 4 août [18]75, mercredi soir, 5 h.
Les temps prédits sont arrivés, mon grand bien-aimé, et vouloir le nier ne servirait à rien devant l’évidence de mes infirmités toujours croissantes. C’est une rude épreuve à passer pour toi à cause de moi mais j’espèrea que Dieu ne la prolongera pas au-delà de ta patience et de ma résignation : « Les nœuds de l’âme au corps lentement se délient1 », espérons que ceux de notre amour sont assez solides pour résister même à l’éternité. Petite Jeanne a élu domicile chez Gavroche depuis ce matin. Malheureusement ce doux petit voisinage sera fini demain, je le crains, ce qui va bien attrister ton cœur et le mien pendant deux longs mois2. Enfin si c’est pour son bien et celui de son cher petit frère résignons-nous. Je joins ici la note de ce que j’ai eu à payer depuis hier en dehors de la dépense de la maison, ce qui m’a obligée à prendre 300 francs au lieu de cent comme tu me l’avais dit. Ma maritorne3 a reporté le poulet et le melon et je crois que l’affaire n’aura pas d’autre suite. Au reste cela m’est égal car son service n’est rien qu’aimable. C’est ce que tu pensesb du mien avec encore plus de raison, hélas ! et pourtant je t’adore.
1 Juliette Drouet paraphrase deux vers d’un poème de Victor Hugo, « Dans l’église de *** » (25 octobre 1834) paru dans Les Chants du crépuscule (1835) : « Le nœud de l’âme au corps, hélas ! à tout moment / Dans l’ombre se délie ! » Elle a transformé ces deux vers en un bel alexandrin. Elle y fait allusion dans la lettre du 5 août [18]75, jeudi matin, 8 h. (BnF, Mss, NAF 16396, f. 203).
2 Mme Charles (belle-fille de Hugo), Petit Georges et Petite Jeanne partent pour un voyage de vacances d’été, comme ils l’ont fait l’année précédente pour la première fois et comme ils le feront désormais chaque année. En 1874, ils avaient quitté Paris le 29 août et étaient revenus le 15 novembre. En 1875, ils partiront le 5 août et rentreront le 1er novembre.
3 « Maritorne » : fille mal tournée, laide, malpropre ; ainsi nommée par allusion à la Maritorne de Don Quichotte. (Littré). Juliette Drouet désigne, par ce terme, sa cuisinière.
a « j’espère » est en ajout inférieur.
b « pense ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.
- 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
- 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.
