« 3 mars 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 60], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10537e92, page consultée le 23 janvier 2026.
Guernesey, 3 mars [18]66, samedi matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon cher petit matinal, bonjour, je t’aime. Il est probable que ton lever a distancé le mien de pas mal de minutes à moins que, comme moi, tu n’aies voulu rattrapera ce matin le sommeil que tu n’as pas eu cette nuit. J’espère que ce n’est pas le cas pour toi, mon pauvre grand piocheur, et que tu as dormi comme un bon petit noir toute la nuit. Mais quelle vie que la tienne, mon pauvre adoré ! Quel courage, quelle abnégation de tout et quelle résignation à tout ! Tu es le [illis.] du devoir ! l’ascète de l’honneur et le martyr du travail ! Je t’admire, je te vénère et je te plains. Plus fort et plus grand que les plus forts et les plus grands solitaires d’autrefois qui avaient pour auditeurs et pour interlocuteurs des lions, des aigles, des [bœufs ?], des anges, toi, tu n’as dans ta thébaïde que deux pauvres bébêtes à bon Dieu, muettes d’esprit sinon de langue et jamais un moment de défaillance, jamais une plainte, jamais une impatience ! Ton génie est fait de toutes les saintetés. Aussi dépasse-t-il en hauteur et en l’état tous les nimbes qui déclinent et s’éloignent peu à peu à l’horizon de l’humanité. Tu es visiblement l’élu de Dieu qui t’a choisi et armé pour la grande œuvre sublime et bénie, l’émancipation du genre humain. Je t’adore.
a « rattrapper ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils passent de longues vacances en Belgique.
- 12 marsLes Travailleurs de la mer.
- 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
- 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
- 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.
