« 10 novembre 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 248], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et de Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10349e432, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 10 nov[embre][18]74, mardi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon grand adoré, bonjour à cœur et à cri, comment as-tu passé la nuit ? Je crains que ton rhume ne t’ait empêché de dormir car tu toussais beaucoup hier soir. Je viens de m’apercevoir que Mariette n’a pas su trouver dans le buffet une belle douzaine d’œufs qui y était, ce qui me donne le remords de ne l’avoir pas cherchée moi-même. Une autre foisa, cela ne m’arrivera plus. Ce soir, si tu tousses encore, je te ferai un bon lait de poule (pas de cocotte) que tu avaleras tout chaud ; je ne te dis que ça ! La procession des solliciteuses est déjà commencée : en tête Mme Coinde1 qui doit venir à une heure de l’après-midi. Puis Mme Vve Chauvelot2 qui insiste pour te voir tout de suite… tout cela sans compter les déesses de l’Olympe Million. Tu as beau en être le Jupiter, il te faudrait plus que Million pour satisfaire toutes les Danaés qui s’offrent à toi le jour, la nuit, à toute heure, en tout lieu. Quant à moi mon grand souci en ce moment c’est de te savoir enrhumé à l’entrée de l’hiver, et ma grande espérance c’est que tu ne le seras pas longtemps et que nos chers petits seront bientôt ici. En attendant je voudrais trouver assez de temps et assez de jour pour achever de copier « L’Épopée du lion3 », cette merveille des merveilles ! Comme les mauvais ouvriers j’ai besoin des meilleurs outils pour travailler, c’est pourquoi je te prie de m’acheter au plus tôt une petite table à écrire devant ma fenêtre avec une chaise qui sera digne de se mirer 27 fois au miroir que tu sais4……. Telles sont mes conditions.
1 À identifier.
2 À identifier.
3 L’Art d’être grand-père, XIII.
4 Une allusion au portrait de lui-même que Victor Hugo lui a offert et aux vers d’Hernani (I, 2) : « […] Vous aimez madame et ses yeux noirs, / Vous y venez mirer les vôtres tous les soirs. »
a « autrefois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
