« 5 mars 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 59], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14841e218, page consultée le 03 mai 2026.
Paris, 5 mars [18]75, vendredi midi ¾
Aurai-je le temps de te bâcler ma restitus, mon grand bien-aimé ? J’en doute devant les autorités constituées et devant mon bain que j’ai pris tout à l’heure. Cependant je voudrais soulager mon cœur qui est gros d’adoration avant de déjeuner afin de l’alléger un peu pour le reste de la journée car je pressens, d’après l’article de Vacquerie, que je vais avoir fort à faire avec POUR UN SOLDAT1. Il paraît, ce que je savais déjà, qu’il faut tout admirer d’un bout à l’autre et s’agenouiller devant toi, ce que je fais sans attendre qu’on me le dise. Je n’ai pris que le temps de lire l’article enthousiaste et attendri de Vacquerie qui précède une longue citation de Pour un Soldat, me réservant de la lire à tête à cœur reposés tout à l’heure. Je crois que P Meurice t’en a envoyé des exemplaires ce matin mais je n’en suis pas sûre parce que je n’ai pas défait l’enveloppe. En attendant que tu vérifiesa toi-même le paquet, je te donne ce que j’ai de meilleur en moi2 en bloc, en détail corps, cœur et âme et tout.
1 Hugo intervient le 26 février 1875 pour « un soldat, nommé Blanc, fusilier au 112e de ligne, en garnison à Aix », condamné à mort « pour insulte grave envers son supérieur ». Arguant de la récente clémence du conseil de guerre à l’égard du maréchal Bazaine, traître à la patrie, Hugo argumente pour que soit abolie la peine de mort dans l’armée, à tous les échelons, et non pas à géométrie variable selon la place dans la hiérarchie. L’intervention de Hugo (Actes et paroles, p. 889-891) porta ses fruits : la peine fut commuée à cinq ans de prison, sans dégradation militaire.
2 Imitation de vers tirés d’un poème de Victor Hugo écrit pour Juliette Drouet (« Puisqu’ici-bas toute âme » dans Les Voix intérieures, 1837, v. 21-24) :« Je te donne à cette heure, / Penché sur toi, / La chose la meilleure / Que j’aie en moi ! » Il a été mis en musique par Saint-Saëns, Lalo, Hahn et Fauré.
a « vérifie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.
- 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
- 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.
