6 mars 1875

« 6 mars 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 60], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14841e278, page consultée le 01 mai 2026.

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Moi aussi, cher Papapa, je te remercie de ton Bolivre, quoique je sois un peu jalouse de la concurrence orthographique que me fait le Bopetit Georges1. Jusqu’à présent personne ne s’y était risqué mais la jeunesse d’aujourd’hui ne respecte rien ; triste, triste ! Ce que voyant, je me jette à corps perdu dans les nouvelles ce matin. La première chose que j’y trouve, c’est un extrait du Times cité par Le Rappel, Pour un Soldat, très chaud et très enthousiaste2. Dans L’Événement la même citation de ton livre qu’en a donné hier Le Rappel avec un entête très sympathique de Magnier, probablement. Je n’ai pas encore lu les autres journaux mais jusqu’à présent je trouve trop de prudence à la presse en général. Cependant la vie d’un homme à sauver me semble encore plus importance à faire que la confection d’un mauvais ministèrea3. Il paraît que tout le monde n’est pas de mon avis et je le regrette pour le pauvre malheureux qu’on doit fusiller et qui peut-être, hélas ! l’est déjà. J’espère encore encore pour lui et pour toi dont la vaillante tentative mérite le succès. En attendant qu’on sache le résultat produit par tes généreuses et sublimes pages, je tâche de me faire prendre patience en repassant dans mon cœur le souvenir de toutes tes belles et bonnes actions depuis que je te connais et le nombre en est si grand que j’y emploierai jusqu’au dernier jour qui me reste encore à vivre avant de l’épuiser. Sois béni à jamais. Je t’adore.


Notes

1 Victor Hugo prêtait la plus grande attention au langage enfantin, et Petit Georges venait en effet de concurrencer Juliette : « – Mon petit Georges m’a remis une lettre écrite vraiment par lui, la première qu’il ait écrite. Joie. » (Carnets manuscrits 1875, 5 mars ; BnF, Mss, NAF 13479, f. 34r). L’enveloppe et la lettre ont été serrées dans le carnet noir de 1874 qui a servi, entre autres, de brouillon à Quatrevingt-Treize. Sur l’enveloppe est écrit en gros « Papapa » (Carnets manuscrits 1874 ; BnF, Mss, NAF 13477, f. 3). Le texte de la lettre est le suivant : « mon peti papapa chéri ge teremerci bien du bolivre que tu ma doné je vai le lire ton petigorge » (Ibid., f. 4).

2 Hugo intervient le 26 février 1875 pour « un soldat, nommé Blanc, fusilier au 112e de ligne, en garnison à Aix », condamné à mort « pour insulte grave envers son supérieur ». Arguant de la récente clémence du conseil de guerre à l’égard du maréchal Bazaine, traître à la patrie, Hugo argumente pour que soit abolie la peine de mort dans l’armée, à tous les échelons, et non pas à géométrie variable selon la place dans la hiérarchie. L’intervention de Hugo (Actes et paroles, p. 889-891) porta ses fruits : la peine fut commuée à cinq ans de prison, sans dégradation militaire.

3 Le cabinet Ernest Courtot de Cissey a démissionné le 25 février 1875 et le nouveau est en train de se former.

Notes manuscriptologiques

a « ministerre ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.