« 22 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 409-410], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1497, page consultée le 04 mai 2026.
Jersey, 22 avril 1853, vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, sinon beau jour, car la pluie continue comme si on la donnait pour rien. J’espère qu’elle ne t’aura pas empêché de dormir comme la nuit dernière et qu’aucune colique ne sera venue troubler ton repos. Du reste, je trouve excessif qu’à ce propos tu croies devoir aller t’ennuyera au cours du citoyen P. L.1 et surtout de déranger ton heure de dîner pour cela. Il me semble que la fraternité ne doit pas aller jusque-là. Il est probable du reste que si vous m’emmeniez avec vous je serais moins avare de votre loisir mais comme vous me laissez derrière ma porte en toute circonstance, je me permets de critiquer vos complaisances exagérées, pour celui-ci, pour celle-là, pour tout le monde, moi exceptée. Maintenant que je vous ai dit votre fait, je reviens à mes moutons et je vous demande quand je vous verrai ? C’est un peu matinal pour vous faire cette question mais comme vous êtes libre de m’apporter la réponse quand vous voudrez, je ne me gêne pas pour vous la faire, oui, mon cher petit bien-aimé, je suis déjà en peine de savoir quand je te verrai car je n’ai de joie et de bonheur qu’en toi. Tout le temps que tu n’es pas auprès de moi, je suis comme un pauvre corps sans âme. Je n’ai de goût à rien et la vie me pèse comme un remords. Aussi, Dieu sait avec quelle passion je te désire et je t’attends.
Juliette
1 Le proscrit Pierre Leroux donnait des cours de philosophie.
a « ennuier ».
« 22 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 411-412], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1497, page consultée le 04 mai 2026.
Jersey, 22 avril 1853, vendredi après-midi, 2 h.
Je ne sais pas si je dois me féliciter de ton apparition si courte, mon affreux beau Toto, car je crains qu’à l’ombre de ces deux ou trois minutes vous ne me confisquiez ma journée de bonheur tout entière. Aussi, ma joie reste dans une limite honnête et modérée jusqu’à ce que vous reveniez auprès de moi. Je n’ai pas compris la nécessité de retourner chez vous pour prendre des notes, quoique vous ayez pris la peine de me donner un semblant de raison dans des livres…. Je crois plutôt que vous attendiez des visites au féminin le plus femelle et que vous ne vouliez pas manquer l’occasion de montrer vos FAUSSES dents en retour de leurs fausses queues qu’elles ne demandent pas mieux de rendre VRAIES avec votre aide (je parle des QUEUES). Mais prenez garde que je surgisse tout à coup au milieu de vos criminelles conversations et que je fasse une effroyable écrabouillade de Jersiaises et d’Anglaises voire même de Françaises, tant je suis exaspérée contre tout le genre humain femelle. En attendant j’ai pour me consoler L’Estafette1, quel bonheur ! On se contenterait à moins. Voime, viens- y pôlisson, tu verras ce que je te ferai pour t’apprendre à te ficher de moi dans une île. Mais tu ne perdras rien pour attendre, c’est moi que je vous le dis. D’ici-là taisez-vous, faites ratisser votre menton et roucoulez avec les cocottes jersiaises, mais méfiez-vous de la payse Juju.
1 Le journal L’Estafette, sous-titré « Journal des journaux », de tendance républicaine, parut de 1833 à 1858.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
