23 avril 1853

« 23 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 413-414], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1566, page consultée le 01 mai 2026.

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Dites donc l’homme au grand chapeau ! Oh ! L’ami, mon cher ! Vous m’avez l’air d’un fameux Normand en fait de probité mercantile. Si c’est comme cela que vous exécutez les marchés, CONVENUS, je ne vous en fais pas mon compliment. Je vous prie de le croire. Mais je saurai bien vous rattraper sans bourse déliera, vous et votre CHAPEAU. Vous vous mordrez les coudes d’avoir manqué l’occasion de me pincer 4 F. mais il ne sera plus temps. D’ici-là je consens à vous donner de la ficelle, telle est ma grandeur, ma générosité et ma force. Taisez-vous vilain PROPRE et venez bien vite pour que je vous pardonne et que je vous nettoieb. En attendant, je serais assez d’avis de profiter du rayon de soleil si vous partagez cette opinion. Il y a assez longtemps que cela ne m’est arrivé et je sens que cela ferait du bien à mes vieux rhumatismes. D’ici-là je vais me dépêcher de cormoder ma chemise pour demain dimanche, occupation assez morose car rien ne m’est plus antipathique que le rabobinage quel qu’il soitc. Aussi je vais m’acheter des chemises pas plus tard que la semaine prochaine. C’est grand dommage que je ne puisse pas acheter de votre amour, quelle provision j’en ferais et comme je m’en administrerais une fameuse bosse !

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « déliée »

b « nétoie »

c « quelqu’il soit »


« 23 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 415-416], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1566, page consultée le 01 mai 2026.

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Je viens de voir dans le journal l’immense effet que ton discours1 a produit sur ceux qui l’ont entendu au cimetièrea, mon grand petit homme, et le rédacteur dit que ce souvenir restera pour la ville et pour la paroisse Saint-Jean2 un des plus glorieux et des plus vénérables et que, dans les siècles, on montrera la place où tu as prononcé les sublimes paroles qu’il cite tout au long. Quant à moi, je n’avais pas besoin de l’enthousiasme trop naturel du rédacteur pour regretter de ne t’avoir pas entendu ce jour-là. Mais son article me retourne le désappointement dans le cœur et je sens que je ne commencerai à m’en consoler que lorsque je pourrai t’entendre dans une autre circonstance. D’ici-là je ne serai pas fâchée d’aller visiter le cimetièreb Saint-Jean et la tombe de ce pauvre proscrit qui doit être bien heureux d’être mort si à propos pour l’honneur et la perpétuité de sa mémoire. Du reste, le rédacteur a cru devoir, dans l’intérêt de ses abonnements, flatter la bigoteriec protestante, en déplorant qu’il n’y ait pas eu un ministre à l’enterrement. Tout cela avec le plus de réserve et de douceur possible. D’ailleurs tu liras l’article tout à l’heure et je ne sais pas pourquoi je t’en parle si longuement si ce n’est pour joindre mon admiration à celle de tout le monde, en y ajoutant de plus tout mon cœur et toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Discours prononcé par Victor Hugo sur la tombe du proscrit Jean Bousquet le 20 avril 1853.

2 Le cimetière de Saint John est aussi connu sous le nom de cimetière de Sion ou des Indépendants. Il est situé à 8 km au nord de la capitale Saint-Hélier.

Notes manuscriptologiques

a « cimetierre ».

b « cimetierre ».

c « bigotterie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.