« 9 janvier 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 9], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7982e501, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 9 janvier [18]66, mardi matin, 7 h. ½
Nuit noire, mon doux adoré, je prends le parti de t’écrire à la chandelle au lieu d’attendre avec impatience le jour qui ne viendra peut-être pas aujourd’hui. C’est le cas ou jamais pour toi de dormir la grasse matinée sans remords car je te défie de savoir où tu en esa de ta nuit dans ce moment-ci, à moins de faire comme moi, d’allumer ta bougie, ce qui n’est pas obligatoire même quand on ne sait que faire de son corps dans un lit où on ne dort pas depuis longtemps et j’espère que tu n’en es pas làb. Du reste il fait un temps pitoyable : la grêle n’a pas cessé de fouetter mes vitres et le vent de ronfler dans ma cheminée. Je pense qu’il doit y avoir un fort verglas dans la rue Hauteville1. C’est le cas de crier casse-cou aux passants. Heureusement que tu n’as pas à sortir avant midi ou une heure, ce qui donnera le temps au soleil d’humaniser les rues. En attendant, je t’aime ; je pense avec regret que je ne peux t’être bonne à rien dans tous tes embarras de ménage, moi qui mettrais mon honneur et mon bonheur à te servir à genoux. Je suis triste de mon inutilité en raison même de mon amour qui ne demande qu’à se dévouer à toi à toute heure et en toute chose. J’ai le cœur gros de tendresse impuissante et de chagrin. Je trouve que Dieu n’est pas juste envers toi ni envers moi car il devrait ne faire [pousser ?] aucune épine sur ton chemin ou bien me laisser la possibilité de les écarter au fur à mesure. Au lieu de cela, il multiplie Marie par Elisa2 et Lacroix par Proudhon3 et le reste à l’avenant, ce qui n’est pas drôle et je n’y peux rien, rien, rien, ce qui est douloureux. Je t’adore.
1 Juliette Drouet habite au 20, rue de Hauteville. Hauteville House est située plus haut dans la rue, au numéro 38.
2 Eliza Goupillot est la nouvelle servante de Hugo. Elle a remplacé Virginie Henry qui s’est mariée en novembre.
3 Albert Lacroix est poursuivi par les tribunaux français depuis le 13 janvier 1866 pour avoir édité Les Évangiles annotées de Pierre-Joseph Proudhon, décédé en 1865. Finalement, il est condamné à un an de prison et 1 500 francs d’amende, tout comme Verboeckhoven, éditeur associé.
a « tu en est ».
b « tu n’en n’est pas là ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils passent de longues vacances en Belgique.
- 12 marsLes Travailleurs de la mer.
- 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
- 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
- 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.
