« 3 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 7-8], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2339, page consultée le 24 janvier 2026.
3 mai [1836], mardi matin, 11 h. moins 10 m[inutes]
Bonjour mon cher petit homme adoré, bonjour mon pauvre amour. Comment vont tes chers
petits yeux ce matin ? J’espère que notre ORGIE de cette
nuit n’aura pas eu de suite fâcheuse et que tu auras très bien passé la nuit.
Quel temps il fait ce matin, quel mois de mai.
J’ai passé une très bonne nuit et
il est probable que si le temps était plus favorable, j’irais de mieux en mieux au
lieu que j’ai toujours très mal aux reins et à la tête.
Mais mon Dieu que je vous
aime donc mon cher bien-aimé, que je t’aime. Il ne serait pas possible de vivre sans
toi. Je te dis sans la moindre exagération je le dis comme je le sens, je ne peux
pas
vivre sans toi.
Je voudrais être riche, c’est-à-dire gagner de l’argent par mon
travail parce que je souffre en voyant la fatigue que tu t’imposesa chaque jour pour me donner l’argent
dont j’ai besoin. J’ai des remords quand je regarde tes beaux yeux malades. Je
voudrais à l’instant même pouvoir te soustraire à cette pénible tâche de tous les
instants. Je me consume en désirs superflus car je ne peux rien, t’aimer, voilà tout.
Aussi je t’aime pour tout le dévouement que tu as pour moi. Je t’aime pour toute la
peine que tu prends. Je t’adore pour tout ce que tu fais et tout ce que tu es.
Juliette
a « impose ».
« 3 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 9-10], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2339, page consultée le 24 janvier 2026.
3 mai [1836], mardi soir, 7 h. ¼
Quel nom te donner, mon cher bien-aimé, pour t’appeler sous celui que tu as dans mon
cœur. J’ai épuisé tous ceux de notre langue et je n’en ai trouvé aucun d’assez doux,
d’assez expressif pour te désigner.
Tu as pensé à moi, tu as pu m’écrire, oh !
mon Dieu ! Jamais ta lettre n’est arrivéea dans un moment plus opportun car j’étais remplie de tristesse et
d’amour en voyant s’écouler l’heure à laquelle je pouvais t’attendre. Et voici que
ta
chère petite lettre est venueb me
consoler, voici qu’elle est venuec
répondre à ma pensée, recevoir mes caresses et se coucher sur mon cœur comme j’aurais
fait de toi si je t’avais eu là sous mes baisers.
Oh ! merci merci, tu m’as
comblée ; de triste et de découragée que j’étais, je ne suis plus qu’impatiente de
te
voir, pour me rouler à tes pieds, pour te remercier, pour t’adorer, pour faire toutes
les folies qu’inspirent la joie, le [délire ?] [désir ?] et
l’amour.
Non je ne suis pas malade, non je ne souffre pas. Je ne sens que du
bonheur, que de l’amour, je ne sens que le bien que m’a fait ta lettre.
Tu
verras, mon cher adoré, combien tu m’as rendued heureuse par ce petit mot jeté à la poste. C’est une LIBÉRALITÉ
que j’apprécie plus que toutes les richesses, tous les trésors du monde. O ma bonne
petite lettre, tu es ma joie, tu brilles plus qu’un diamant car tu es une étoile de
ma
vie.
Juliette
a « arrivé ».
b « venu ».
c « venu ».
d « rendu ».
« 3 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 11-12], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2339, page consultée le 24 janvier 2026.
3 mai [1836], mardi soir, 8 h. ½
Tu penses bien, mon cher adoré, que ce n’est pas assez d’une lettre pour épancher
tout mon bonheur et toute ma reconnaissance. Aussi je t’en écris une seconde que tu
t’es chargé d’expliquer par la dernière partie de ton adorable lettre : Je t’aime. Avec cette redite on remplit sa vite, on remplit son
cœur, sa tête, sa pensée.
Voilà précisément ce qui m’arrive tous les jours
et à tous les instants de ma vie.
Je t’aime, mon Victor bien-aimé ; mon seul but,
ma seule ambition, mon seul présent et mon seul avenir, c’est mon amour. Je ne vis
que
dans lui, je ne pense que par lui, je ne sens que lui.
J’ai bien hâte de te voir.
J’ai tant de baisers, tant d’étreintes, tant de cris
inarticulés plus éloquents et plus expressifs que des mots les uns au bout des
autres à te donner, que tu devrais bien te presser d’arriver pour ne pas les laisser
sans bouche pour les recevoir, sans mains pour les sentir et sans oreilles pour les
entendre. Que je t’aime. Que je t’aime toujours plus.
J’espère toujours que tu
vas venir. Je consulte la pendule à chaque minute. Je la trouve lente, trop lente
car
il me semble que plus la soirée avance et plus j’ai de chances de te voir plus tôt.
Mais aussi moins j’ai d’espoir de te conserver longtemps auprès de moi. Mon amour,
mon
bonheur, ma joie, viens, viens. Je t’aime tant.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
