« 4 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 13-14], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2340, page consultée le 24 janvier 2026.
4 mai [1836], mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon cher petit homme, tu as donc bien travaillé,
que tu n’es pas venu m’apporter ta belle petite figure à contempler et à baiser ?
Aussi mon sommeil s’est ressentia
de ce manque de bonheur, quoique ta chère petite lettre m’en ait donné beaucoup mais
je suis de ceux dont l’appétit vient en mangeant, aussi avais-je plus que jamais le
besoin de te voir.
Je me suis réveillée de très bonne heure comme tu le vois,
quoique je me sois endormie très tard. J’ai déjà lu et relub ton adorable petite lettre, je
viens de la remettre dans son petit portefeuille pour
pouvoir t’écrire ; car sans cette mesure de précaution, il n’est pas sûr que j’aurais
pu le faire avant ce soir.
Je t’aime, toi mon pauvre petit adoré. Je pense avec
tristesse que tu n’es pas venu hier, mais je ne t’en veux pas. Ôc non, bien au contraire, je t’aime de toutes
les forces de mon âme. Je donnerais vingt ans de ma vie non pour voir dans La Lune mais pour te soulager (du moins dans ce qui me
concerne) de la fatigue que tu prends tous les jours en travaillant pour moi. Car
pour
les autres fatigues, Dieu seul pourrait être ton COLLABORATEUR.
J’ai toujours bien mal aux reins. Il me paraît certain que
c’est la pierre qui fait son petit travail. Si j’avais eu le
choix, ce n’est pas cette CARRIÈRE que j’aurais prise. Mais puisqu’il faut tôt ou
tard
une PIERRE pour se casser le cou, autant celle-là qu’une autre.
En attendant que
mon corps se fossilise entièrement, je fais de ton amour la flamme et la chaleur de
mon âme, la lumière de ma vie et le soleil de mes yeux.
Je t’aime, je te baise,
je t’adore.
J.
a « ressentie ».
b « lue et relue ».
c « au ».
« 4 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 15-16], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2340, page consultée le 24 janvier 2026.
4 mai, mercredi soir, 8 h. ½
Je viens de vous entendre fermer la porte, mon cher petit homme, et aussitôt la
tristesse m’a prise car je sais toujours trop bien quand vous
sortez mais je ne sais jamais quand vous rentrez.
Cependant vous m’avez bien promis de revenir très tôt mais mais… vous n’êtes pas chiche de promesses qui n’ont de [illis.] que dans la
conversation. Vous sentez cependant, mon cher petit homme, qu’il ne faut pas toujours
me parler en fleur de rhétorique et qu’il faut laisser ce
langage aux ÉCOSSAISa pour en faire
des romans1.
Cher petit bijou, je laisse la plaisanterie pour te
demander à mains jointes de venir le plus vite que tu pourras parce que j’ai quelque
chose de très doux et de très charmant à te dire, à toi seul.
Que je vous aime,
mon Toto chéri, que je vous trouve beau, que vous m’éblouissez. Je suis votre esclave,
je suis votre pauvre bien-aiméeb, je
suis votre admiratrice passionnée. Je suis tout cela dans la personne de votre
amoureuse.
Je t’aime. J’ai encore quelque chose de bien plus raffinéc que cela à te donner et qui se cache
sous le pseudonyme : l’amour mais qui au fond est de
l’adoration comme pour le bon Dieu.
Viens, viens, je te donnerai tout ce trésor
dans des millions de baisers.
J.
1 Les romans historiques à la Walter Scott étaient encore à la mode.
a « écossés ».
b « aimé ».
c « rafiné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
