13 juin 1853

« 13 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 130 (*)], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e716, page consultée le 05 mai 2026.

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Je me suis doutée, mon cher petit homme, que tu ne pourrais pas revenir de bonne heure, ton temps étant déjà pris d’avance par les rendez-vous….. démocratiques. Aussi j’ai profité de cela pour faire une sale et fort insipide besogne, celle d’éplucher mes manchons véreuxa et de les envelopper dans du linge blanc. Précaution qui n’empêcherab probablement pas ces voraces animaux d’achever le reste d’ici à l’hiver prochain. Cet exercice assaisonné de poivre qui me prenait à la gorge, au nez et aux yeux a eu pour résultat de me faire passer mon mal de tête. Dans l’état ordinaire, il m’en aurait donné un, mais dans ce cas-ci il m’a guériec presque entièrement. Je ne te conseille pourtant pas d’user du remède au prix de trois heures d’étranglement, de reniflement et de pleurnichement. Mais bien loin de là, tu substitues les devoirs du monde à ton travail et réciproquement, sans jamais prendre le temps de me rendre heureuse….Vois-tu mon pauvre aimé, voilà une phrase de trop, le papier est un traître qui m’a joué ce mauvais tour, car s’il avait été plus court, j’aurais fini tout de suite par t’embrasser, ce qui vaut mieux que toutes les récriminations du monde.

À moins que comme moi, tu préfères tout au mal de tête. Maintenant, mon cher petit homme, je voudrais que de ton côté tu aies trouvé moyen de te débarrasser de ta migraine et que tu aies la générosité de venir le plus tôt possible au risque de faire tes bavettes moins longues avec le citoyen Colfavru et AUTRES.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « verreux ».

b « empera ».

c « guéri ».


« 13 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 131], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e716, page consultée le 05 mai 2026.

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J’étais si souffrante ce matin qu’il m’avait été impossible de te gribouiller quoi quea ce soit. Maintenant que grâce au poivre et aux poils de mes manchons, je suis à peu près guérie, je me fais un cas de conscience de te donner ta restitus du matin. C’est puérilb, pour ne rien dire de plus accentué, mais c’est honnête, doux et tendre, voilà pourquoi je le fais. Cela ne m’empêche pas de regretter mes affreux scélérats et de sentir avec tristesse le vide qu’ils font dans ma vie depuis que vous les avez expédiés pour la postérité. Je me surprends souvent à regarder autour de moi, cherchant des yeux et de la pensée ce qui me manque sans pouvoir le trouver, hélas ! Encore, si tu avais profité de cela pour te donner un peu plus à moi, je ne me serais pas autant sentie de cette séparation. Mais bien loin de là, tu substituesc les devoirs du monde à ton travail et réciproquement sans jamais prendre le temps de me rendre heureuse…. Vois-tu, mon pauvre aimé, voilà une phrase de trop, le papier est un traître qui m’a joué ce mauvais tour car s’il avait été plus court j’aurais fini tout de suite pour t’embrasser, ce qui vaut mieux que toutes les récriminations du monde.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quoique ».

b « puérile ».

c « substitue ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.