12 juin 1853

« 12 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 126-127], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e630, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour. L’amour se suit et se ressemble chez moi. C’est pourquoi je n’ai rien de nouveau à t’apprendre ce matin. Je voudrais qu’il fît beau afin de mettre vos promesses aux pieds des luncheons, je voudrais surtout que vous m’aimassiez quelqu’imparfaita que soit ce subjonctif. Ne pouvant rien sur ces deux choses dont l’une est trop haute et l’autre trop loin probablement, je me borne à vivre dans mon coin comme un ours mal léché, que je suis, hélas ! Bien entendu que cela ne m’empêche pas de m’intéresser à tout ce qui vous touche. Aussi, je voudrais savoir comment vous vous êtes tiré des trois lettres d’hier. Je regrettais d’avoir oublié de te dire de ne parler de cet envoi devant personne d’étrangerb à ta famille, comme si cette précaution, la première de toutesc, avait besoin de t’être rappelée. Mais cette sollicitude officieuse ne sortant pas de mes attributions de mouche du coche, je n’ai pas honte de vous la mettre sur le bout du nez au risque de voir votre RICTUS de loin s’épanouir d’ironie devant mon outrecuidance COMIQUEd. Sur ce, je vous pique un bon baiser sur chacun des poils de votre crinière.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quelque ».

b « étrangère ».

c « toute ».

d Un grand accent circonflexe surmonte les trois premières lettres du mot.


« 12 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 128-129], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e630, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Car que faire en une île à moins que l’on ne s’embête1 ? Voilà ce que roucoule la Juju seule dans son triste colombier. Cette guitare, toujours la même, n’a rien de bien amusant quelque bien pincée qu’elle soit. Aussi, mon cher petit Toto, vous êtes presque aussi absurde que moi d’en écouter l’éternel refrain. Taisez-vous. Si j’avais su qu’il y ait un gribouillis de vous derrière mon papier, je n’y aurais pas déposé le mien, le long. Mais la chose est trop avancée maintenant pour reculer lâchement et platement. D’ailleurs, j’ai le plaisir de vous rendre à vous-même, plus un énorme pâté (Note pour l’imprimeur : ne pas tenir compte de ces ratures.) À propos de pâté, je suis impatiente de savoir si vous apprécierez la tourte que je vous dédie aujourd’hui avec tant de générosité. Je voudrais qu’elle fût de votre goût et de celui de tout votre monde, afin de ne pas regretter mon impudente grandeur d’âme. En attendant je croque le marmot2 et je ronge mon refrain3, ce qui est peu substantiel, quoi que vous en disiez. Maintenant, venez quand vous pourrez et quand il vous plaira, vous êtes sûr de me trouver sous les armes, tambour battant, et cœur allumé.

Juliette


Notes

1 Parodie de La Fontaine : « Car que faire en un gîte à moins que l’on ne songe ? » (Le Lièvre et les Grenouilles)

2 « Croquer le marmot » : attendre longtemps en se morfondant.

3 Juliette joue avec l’expression « ronger son frein ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.