« 14 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 132-133], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e785, page consultée le 04 mai 2026.
Jersey,14 juin 1853, mardi après-midi, 3 h.
Je ferais mieux probablement, mon Victor, de ne pas t’écrire dans la disposition d’esprit où tu es pour moi et celle où je suis moi-même, depuis les paroles d’impatience et de colère que tu m’as dites tantôt. Si je ne le fais pas, ce n’est pas faute de prudence instinctive, mais parce que je crains que tu ne te méprennes sur mon silence et que tu ne l’attribuesa à un mauvais sentiment de rancune que je n’ai pas. Entre ces deux alternatives, je préfère celle de te gribouiller quelques lignes les plus inoffensives du monde et les plus réservées, quitte à garder en moi mes sentiments les plus tendres et les plus doux. Du reste, il fait un temps à ne pas mettre un sourire dehors et je suis un peu comme le temps. C’est au point que je n’ai pas encore pu prendre sur moi de répondre aux deux ou trois lettres de cordialités que j’ai reçues depuis un mois. Tout ce qui me fait penser à la vie m’est odieux et je n’éprouve une sorte de bien-être moral que dans l’apathie la plus complète. Tout cela n’a pas grande importance pour l’univers, voire même pour les autres lieux, et si je t’en parle, c’est pour arriver à la fin de mon papier sans trop patauger à travers tes toiles d’araignées. Si j’y ai un peu réussi, je me proclame la plus heureuse des femmes.
Juliette
a « attribue ».
« 14 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 134-135], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e785, page consultée le 04 mai 2026.
Jersey,14 juin 1853, mardi après-midi, 3 h. ½
Je viens peut-être de me hâter un peu trop de chanter victoire sur mon adresse à éluder les endroits dangereux de ton humeur. Aussi, je regarde en tremblant tout ce que j’ai encore de chemin à faire faire à mes pattes de mouches avant d’être hors de péril. Aussi, le premier chien, non coiffé qui créerait un incident, fût-cea même un accident qui fasse diversion à cette maussade élucubration me rendrait un service signalé et dont je lui serais, pour ma part, éternellement reconnaissante. Malheureusement, je ne vois ni n’entends rien que les pampres de la vigne qui obstruent ma fenêtre et le bourdonnement d’une mouche sur mon carreau. Tout cela ne peut pas fournir deux pages d’impression, quelles que soientb ma sensibilité et mon imagination. Encore, si je pouvais trouver dans ma mémoire quelque cause célèbre, bien dramatique et bien lugubre, j’arriverais peut-être à t’intéresser jusqu’au bout de ma restitus, mais j’ai le cerveau vide comme une coquille d’huître. J’ai tout oublié et je n’ai rien appris. Voilà ma situation physiquec et morale dont je ne suis pas plus fière quoiqu’il n’y ait pas de quoi.... Maintenant je peux amener Robert1 et l’embrasser sur les deux joues sans que vous y trouviez à redire.
Juliette
1 Le sens de l’expression « amener Robert » reste à élucider.
a « fusse ».
b « quelque soit ».
c « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
