« 12 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 31-32], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e667, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 12 mai 1853, jeudi matin, 8 h.
Bonjour, mon adoré bien-aimé, bonjour avec tout mon amour, bonjour. Je devrais rester sur ce mot bonjour qui contient toutes les tendresses de mon âme et toutes les espérances de mon cœur. Et bien que ce qui abonde ne vicie pas, je sens que je ne saurais rien ajouter de meilleur à ce bonjour dégagé de tous mauvais souvenirs et de toutes les craintes de l’avenir. L’amour ne gagne rien à se répandre dans des mots sans esprit. Autant les baisers ont d’éloquence, autant les caresses écrites sont froides et insipides quand elles n’ont pas l’esprit pour auxiliairea. J’en suis si convaincue que je voudrais trouver un autre moyen de te faire savoir que tu es ma vie et mon bonheur. Il me semble qu’à défaut d’amour plus substantiel, le silence et la contemplation intérieure dans mon amour vaudraient mieux que toutes ces platitudes et toutes ces niaiseries stupides que je te donne sous forme de gribouillis. Telle est du moins la sensation que j’éprouve chaque fois que j’essaye de t’écrire. Aussi, mon cher petit homme, tu serais bien gentil de consentir à la suppression de ces fades élucubrations qui n’ont plus pour motif et pour excuse l’exubérance du bonheur et la vivacité de la jeunesse.
Juliette
a « auxilliaire ».
« 12 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 33-34], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e667, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 12 mai 1853, jeudi, midi ½
Le souvenir de la journée d’hier se reflète en soleil sur le gris de celle d’aujourd’hui, mon doux adoré, de manière à me soustraire au froid et à la tristesse de la température du moment. Comment vas-tu, mon cher petit homme ? Comment as-tu passé la nuit ? Comment m’aimes-tu ? Moi, je vais très bien, j’ai dormi comme une SOUPE et je t’aime comme trois CHOUNIATES1. Il ne me reste plus qu’un peu de courbature et d’hébétement qui se dissiperont quand il plaira à Dieu. En attendant, je vis comme une personne naturelle et je t’attends avec la patience et la sagesse d’une image. Et puis je regarde passer les proscrits barbus, crochus, moussus, poilus, bossus et obtus de l’île en compagnie du citoyen Ribeyrolles qui paraît être leur meneur. Tout cela est assez innocent et ne demande pas une grande supériorité d’esprit, de courage et de philosophie. Aussi, ce que j’en dis n’est pas pour en tirer vanité. Je vous prie de le croire quelqu’étonnant que cela vous paraisse et je vous défends de vous ficher de moi dans aucun cas. Telle est ma grandeur. Sur ce, je vous baise à perte d’haleine.
Juliette
1 Substantif formé à partir du nom de la chienne des Hugo, Chougna.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
