10 mai 1853

« 10 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 27-28], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e570, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour le bleu de mon ciel, bonjour la joie de mon âme, bonjour, la fleur de ma vie, bonjour, mon amour. Tu as vu quelle fête t’a faitea ce pauvre vieux Fouyou hier au soir quand tu es venu. Bêtes et Juju, tout le monde t’adore ici. C’est un accord parfait de ce côté-là, entre elles et moi. C’est grand dommage que nous différions d’avis, encore plus que de poils, dès qu’il s’agit d’autres choses. J’ai bien bisqué hier de ne pouvoir pas aller te reconduire, mais je ne le pouvais vraiment pas dans l’état où je me trouvais à ce moment-là. Je n’ai pas pu non plus te parler du cadeau de Suzanne devant elle et que j’ai acheté hier pour n’avoir pas à me déranger dans 12 jours. C’est un magnifique châle en mousseline de laine dont elle avait une envie carabinée depuis longtemps ; il coûte 15f, mais il fait du tapage pour plus de quinze cents francs. Trois cents cachemires fondus les uns dans les autres en un seul ne seraient pas piresb. C’est étourdissant comme le bouquet d’un feu d’artifice. Il m’a été impossible, mon pauvre adoré, de me suffire avec les 78f tant je suis à court de chemises de corps et de chemises peignoirs. Je t’assure que j’ai fait pour le mieux malgré ce surcroît de dépense inopportune pour ta bourse et que je n’ai pris que le strictc nécessaire. Tâche de ne pas trop m’en vouloir et de m’aimer au moins pour TON argent.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « fait ».

b « pire ».

c « stricte ».


« 10 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 29-30], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e570, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Je ne peux m’empêcher de t’attendre, mon cher petit homme, bien que j’aie peu d’espoir de te voir avant ce soir une minute avant ton dîner. Je sens que tu dois avoir beaucoup de commissions à donner au citoyen Mézaize pour Bruxelles et qu’il te reste bien peu de temps d’ici à ce soir. Aussi, je ne serai pas étonnée, et encore moins méchante, si je ne te vois qu’à un moment dans tout le reste de la journée, mais je n’en continuerai pas moins à t’attendre et à te désirer par habitude et par amour.

Il est probable que tu auras reçu des nouvelles d’Hetzel aujourd’hui car c’est le second ou troisième courrier brûléa par lui depuis sa dernière lettre. Du reste, maintenant que tu as trouvé la vraie solution ici, je suis plus tranquille sur les nouvelles objections qu’on pourrait soulever de là-bas avec ou sans perfidie et sans trahison. Quel dommage que je ne puisse pas me transformer en imprimeur avec le bonnet de papier sur le coin de l’oreille. Comme je t’aurais vite tiré d’embarras1. Mais hélas, je ne suis bonne qu’à t’aimer, ce dont tu te passerais bien et la République aussi. C’est égal, j’y persiste avec acharnement. Telle est ma grandeur. Tant pire pour vous et pour elle si ça vous embête, mais je n’en démordrai pas

Juliette


Notes

1 Victor Hugo a eu des difficultés pour trouver un imprimeur pour Châtiments.

Notes manuscriptologiques

a « brûler ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.