13 mai 1853

« 13 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 35-36], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e736, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher bien aimé, bonjour, mon bon petit homme, bonjour, paix et bonheur à toi aujourd’hui, demain et toujours, ici et partout. Joie, santé et gloire, voilà le vœu de mon cœur et le désir de mon âme, complet, à quelque heure et dans quelque circonstance que je le formule. J’espère que tu auras passé une aussi bonne nuit que la mienne. Je croyais tout à l’heure que je ne pourrais jamais ouvrir les yeux tant ils étaient appesantis par le sommeil. Enfin, je me suis réveillée tant bien que mal et le premier usage que je fais de ma pensée, c’est de te l’envoyer. J’aurais voulu pouvoir la charger de toutes sortes de choses agréables, amusantes et intéressantes mais je ne trouve rien autre chose en moi que l’amour que tu ne connais que trop et dont tu dois être rassasié depuis le temps que je t’en bourre depuis le matin jusqu’au soir. C’est égal, faute de mieux, je t’en envoie encore ce matin du tout frais. Fais-en ce que tu voudras, je te laisse le maître de son sort. En attendant, je regarde le ciel avec une sorte de désappointement car il me parait impossible que tu aies la pensée de me faire sortir par ce froid noir, maussade, humide et grognon. Mais je ne m’en plaindrais pas si tu venais passer toute la journée auprès de mon feu. Mais je n’ose pas l’espérer.

Juliette


« 13 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 37-38], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e736, page consultée le 01 mai 2026.

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Paraître et disparaître dans la même minute, mon cher petit bien-aimé, telle est votre grandeur. Mais moi, j’ai la faiblesse de ne la point admirer et encore moins de m’y habituer et de m’en féliciter. Aussi, je vous préviens que si vous ne m’apportez pas tantôt un bout de restitus, je flanque mon cœur sous la porte et je fais le plus magnifique trou à la lune qu’on ait vu de mémoire de banqueroutier ou de sauveur de la société. En attendant, j’ai découvert le plus hideux pot aux roses (horticulture Fouyou) derrière le petit canapé. Depuis deux jours, je me plaignais de l’infection de ma chambre que j’attribuais à la fétidité de cet affreux vieillard de chat et que je supportais par égard pour son grand âge, lorsque j’ai fait cette immonde découverte tout à l’heure. Il n’a fallu rien moins qu’une demi-bouteillea de vinaigre pour laver et dissiper cette effroyable odeur, plus une pile accentuée dont j’ai parfumé l’échine du susdit Fouyou et qui aurait dû, en bonne justice, revenir à cette stupide Suzanne dont le bestial entêtement est cause de toute cette puanteur. Voilà comme l’innocent paie pour le vrai coupable. D’ici-là, je vous grogne quelques bonnes tendresses.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « demie-bouteille ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.