« 23 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 144-145], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9615, page consultée le 25 janvier 2026.
23 novembre [1835], lundi matin, 11 h.
Bonjour, mon cher petit homme fugitif. À peine ai-je eu le temps de vous
apercevoira, mon cher petit
homme rayonnant, que vous étiez disparu comme un rêve
de bonheur. Il ne me reste de votre apparition que quelque chose d’insaisissable comme
le bonheur. Si ce n’était l’énorme paquet que vous
avez déposé sur mes pieds, je croirais à une vision, à un éblouissement.
Mon
Victor, que je t’aime, que je voudrais être bien portante et vivre quelques heures
avec toi et de toi.
J’ai un appétit furieux de ton amour et de ta personne. Je
te conseille de te tenir en garde devant mon grand amour, ma grande bouche, et mes
grandes dents. Car ces énormes dimensions ne sont que pour mieux t’aimer, mieux te
baiser, et mieux te manger, mon cher petit chaperon noir. À tantôt, votre ogresse
Juju
a « appercevoir ».
« 23 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 146-147.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9615, page consultée le 25 janvier 2026.
23 novembre [1835], lundi soir, 8 h.
Je t’aime, mon Victor chéri. Je ne me lasse pas de te le dire, pas plus que je ne
me
lasse de le sentir. Mon amour, c’est ma poésie à moia. Je suis toujours en contemplation devant lui. Sous quelque aspect que
je le regarde, je le trouve ravissant et merveilleux. Je ne voisb rien qu’à travers lui. Je ne sens
que lui, je ne comprends que lui.
Si je désire être quelque chose par moi-même,
c’est pour alléger ton fardeau de travail et de peine et pour que tu aies plus de
temps à donner à notre amour. Si je désire le plaisir de voyager, c’est parce qu’il
nous sert de prétexte pour nous rapprocher pendant tout le temps qu’il dure. Et ainsi
de tout ce que je veux, de tout ce que je pense, tout cela se rapporte à notre amour,
à notre bonheur.
Depuis près de deux mois que nous sommes revenus de la
campagne1,
je n’ai pas encore passé une journée ni une soirée entière avec toi. Aussi suis-je
bien triste et me paraît-il souvent que tu m’aimes moins qu’autrefois. Cependant,
tu
étais si tendre ce soir, si doux, si affectueux qu’il me semble que je me suis trompée
et je t’en demande pardon à genoux.
Va, j’aime bien mieux n’avoir pas le bon
droit de mon côté dans ce cas-là et je ne tiens pas à m’humilier pour te demander
pardon de trop t’aimer.
J.
1 Tandis que Victor Hugo était avec sa famille en villégiature chez les Bertin, Juliette Drouet séjourna à proximité, aux Metz, du mercredi 9 septembre au mardi 13 octobre 1835, date de son retour à Paris.
a « ma ».
b « je ne voie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
