« 19 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 134-135], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9612, page consultée le 24 janvier 2026.
19 novembre [1835], jeudi, 10 h. ½
Bonjour, mon cher adoré. Vous voyez comme vous avez tenu votre promesse de cette
nuit. Maintenant, c’est fini. Je ne vous parlerai plus de cela jamais parce que c’est
trop bête. Si vous m’aimiez, vous vous y prendriez autrement.
J’ai passé une
nuit fort agitée. Le souvenir de cette fille y était pour quelque chose. Ce matin,
Lanvin est arrivé avec les reconnaissances
puis il est allé au Mont-de-Piété, mais il s’est aperçua que cette reconnaissance était de la rue des Augustins
faubourg Saint-Germain. Il l’a emportée et il me la rendra le 28 quand il reviendra
pour les autres. Je lui ai remis en même temps une assignation pour comparaître au
conseil pour avoir manqué sa garde. Il pense qu’il ne sera pas condamné.
J’ai
beau vouloir me raidir contre mon amour, je ne peux pas en venir à bout. Il faut bien
que je te dise encore que je te désire, que je t’espère et que je serai bien
malheureuse si tu tardes à venir et bien heureuse si tu viens tréteaux.
Mon adoré petit homme, je vous aime de toute mon âme. J’ai
bien envie de vous et vous, si vous venez de bonne heure, je
ferai tout ce que vous voudrez.
Juliette
a « il s’est apperçu ».
« 19 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 136-137], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9612, page consultée le 24 janvier 2026.
19 novembre [1835], jeudi soir, 8 h. ¾
Je vous aime, je vous désire, je vous espère. Je suis bien contente de voir que vous
vous portez mieux. Peut-être en profiterai-je à moins que MM. tels ou tels ne viennent
ce soir et ne vous prennent tout votre temps, toutes vos pensées. Auquel cas, je
resterais comme d’habitude triste et solitaire.
Savez-vous que je suis très
vexée de savoir qu’il existe des sirènesa mâles ? Je croyais que c’était un attribut de notre sexe
seulement, d’être moitié chair et moitié poisson. Je vois avec peine que vous partagez
avec nous ce privilège. C’est égal. Vous avez été vaincu ce soir par un grimacier
plus
hideux que vous.
Mon bon cher petit homme, je souffre beaucoup ce soir.
J’attribue ces souffrances à une certaine époque mais je crois que le remède serait
de
l’amour, beaucoup d’amour à très grande dose. Mais je suis vraiment très souffrante.
De plus, je sens l’ail à pleine bouche. Ma servante a cru qu’il fallait en mettre
à
propos d’une simple salade, de sorte que ce soir, j’empoisonne à la lettre, et c’est
ce qui vous fera prendre le prétexte que vous ne pouvez pas me sentir.
Juliette
a « syrènes »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
