22 novembre 1835

« 22 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 142-143.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9614, page consultée le 24 janvier 2026.

Ce n’est plus une lettre d’adieu que je veux t’écrire, mon Victor. Non, c’est une lettre d’amour, une lettre d’expiation, une lettre d’adoration, une lettre de conviction. C’est une lettre enfin, à laquelle je veux donner toute la forme et toute la durée d’un bail à vie ; en passant toutefois la description et l’état des lieux que tu connais mieux que moi.
Pardonne-moi, mon cher bien-aimé, le mal que je t’ai fait tantôt. J’y étais poussée par je ne sais quel mauvais esprit qui me soufflaita dans l’oreille. Pardonne-moi ce dernier soupçon. Que veux-tu, l’amour a aussi ses épreuves de franc-maçonnerieb. Mais tu es sorti de cette épreuve à ta plus grande gloire, mais je t’adore, mais je n’ai pas assez de mots, assez de voix, assez de doigts pour te le dire, te le crier, te l’écrire : je t’aime. Toute ma vie sera pour te le prouver ; je t’aime trente cent millions de milliards de fois plus que tu n’en as besoin pour ton bonheur. Mon âme est une espèce de grenier d’abondance où tu peux puiser sans cesse avant de voir la fin de mon amour.
Je seraisc morte que je t’aimeraisd encore. Mon corps et ma vie s’useront avant qu’une parcelle de mon amour se soit en alléee. Je t’aime. À toi donc ma vie, à toi mon âme, à toi mon corps, à toi tout le reste, si cela vautf la peine d’être donné. À toi tout sans restriction.

Juliette

[Adresse]
À mon cher bien-aimé Victor
Propriétaire de mon âme, de mon souffleg, de mes pensées, de mon cœur, de mon sang,
etc, etc, etc, etc, etc, etc.


Notes manuscriptologiques

a « souflait ».

b « franc-maçonneries ».

c « je serai ».

d « je t’aimerai ».

e « en allé ».

f « cela vaux ».

g « mon soufle ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.