19 février 1865

« 19 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 45], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e708, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour, mon doux grand adoré, bonjour. Ta nuit a-t-elle été meilleure que toutes les autres ? Je crains que la tempête de cette nuit n’ait encore troublé ton sommeil dont tu as tant besoin. Si cela était, mon pauvre adoré, il faudrait mettre à exécution dès la nuit prochaine ton projet de déménagement. Il ne faut pas attendre que l’insomnie prolongée provoque en toi une affection nerveuse comme celle dont tu as si cruellement souffert il y a quatre ans1. Pour cela il faut tout faire et tout de suite pour te soustraire aux persécutions de l’insomnie. Tu as eu tant de commotions douloureuses intérieures cette année et tu travailles tant que je crains que toutes tes forces morales et physiques ne finissent pas fléchir sous le poids de tous ces fardeaux2. J’ai hâte que ton travail soit fini pour que tu retrempes tes forces dans ta famille. Ton cœur et ton esprit ont besoin de leur présence et le changement d’air te rendra tout de suite le sommeil. L’expérience d’il y a quatre ans est là pour nous l’affirmer. Et puis le voyage du printemps aura le charme de la nouveauté pour toi et pour tes fils qui n’ont jusqu’à présent voyagé avec toi qu’en automne. Toutes ces raisons font que je devance de tous mes vœux l’époque habituelle de notre voyage annuel3. Mais en attendant il faut aller au plus pressé, qui est de faire cesser la cause probable de ton insomnie. Tu le peux dès la nuit prochaine en allant coucher dans la chambre de ton fils Victor4. À ta place je n’attendrais pas un moment de plus à faire ce changement de lit, ne fût-ce que pour en avoir le cœur net. Mon adoré bien-aimé, pense à moi dont tu es la vie et ne néglige rien de ce qui peut assurer ton repos, ta santé et ton bonheur. Je t’adore.


Notes

1 Hugo avait été très malade de la gorge fin 1860 et début 1861. C’est alors qu’il se laisse pousser la barbe.

2 Hugo écrit Les Travailleurs de la mer.

3 Depuis 1861, Juliette Drouet et Victor Hugo ont pris pour habitude de quitter chaque année durant quelques mois l’île de Guernesey pour un voyage sur le continent. Londres et Bruxelles sont souvent leurs premières destinations. En 1862 et 1864, Charles Hugo et Paul Meurice se joignent à eux. François-Victor Hugo participe au voyage annuel de l’année 1864. (CFL, p. 1648, 1667, 1678, 1690).

4 Dans son agenda, Victor Hugo note depuis le 16 janvier qu’il entend presque chaque nuit des frappements à la gauche de son chevet. (Agendas de Guernesey, dans CFL, p. 1485). Il écrit le 7 février 1865 dans une lettre adressée à son épouse et ses deux fils : « j’ai des insomnies opiniâtres ». (Correspondances, dans CFL, p. 1286).

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.