« 18 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 44], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e677, page consultée le 09 août 2026.
Guernesey, 18 février 1865, samedi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour en plein cœur, en plein jour, en plein soleil, en plein amour et en plein signal1. Que je vous y prenne encore aujourd’hui à avoir passé une mauvaise nuit et vous verrez ce que je vous ferai : JE NE TE DIS QUE ÇA. En attendant le soleil succède aux averses et les averses au soleil, ce qui constitue un temps de Jean qui rit et de Jean qui pleure qui fait qu’on ne sait sur quel parapluie danser. Je vais cependant tout disposer pour sortir avec toi tantôt, ne fût-cea qu’un tout petit moment, si la pluie veut bien le permettre. Te doutes-tu de ce que peut avoir à me dire le citoyen Kesler, tantôt ? Quant à moi je n’en sais rien. Je dois avouer que ma curiosité n’en est pasb autrement éveillée et que j’attends sans impatience le moment de sa confidence qui pourra bien être de me demander de lui prêter Suzanne pour son déjeuner gala de demain ; ce que je ferai, si Suzanne y consent, car c’est demain MESSE et la pauvre fille n’a que ce moment-là pour se détirer un peu. Enfin ne devançons pas le moment des révélations pour ne pas nous tromper dans nos conjectures. J’ai d’ailleurs mieux que cela à m’occuper en faisant ton café et en t’aimant de toutes mes forces. Tu as joliment bien fait hier de jouer pour ta petite belle-sœur. C’est une manière élégante et charmante de ravitailler sa petite bourse de jeu qui lui fait grand plaisir et à toi encore plus. Ce n’est pas la première fois que tu le fais, mais c’est toujours aimable et bon à voir comme tout ce que tu fais. Je t’en remercie pour moi encore plus que pour elle et je t’aime depuis un bout à l’autre de mon cœur sans pouvoir faire autre chose.
1 Le signal est le linge que Hugo attache à sa balustrade chaque matin pour lui signaler son réveil.
a « fusse ».
b « ma curiosité n’en n’est pas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
