« 2 août 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 229-230], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12609, page consultée le 24 janvier 2026.
2 août [1850], vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, ne vous réveillez pas et laissez-moi aller et venir dans vos rêves comme je l’entends. Vous n’êtes pas revenu hier au soir, mais à vrai dire je n’y comptais pas car j’ai verouilléa ma porte à dix heures. J’étais tellement fatiguée que j’espérais dormir mais j’avais compté sans l’insomnie et sans la grenaille de petites punaises orphelines et errantes qui venaient me demander l’hospitalité, les INNOCENTES. Tu penses avec quelle mansuétude je les [ai] accueillies. C’est-à-dire que mes draps, mes chemises, mon oreiller sont rouges du massacre que j’en ai fait. Aussi j’ai très peu et très mal dormi. Je commence même à trouver que la résistance dure un peu trop longtemps du côté de cette faible et intéressante vermine. Voilà la quatrième nuit que je suis sur le qui-vive et que j’extermine toutes les sentinelles avancées et tous les avant-postesb de ce peuple immonde mais je commence à être très fatiguée et pour peu que cela se prolonge encore quelques nuits je me laisserai dévorer de guerre lasse. En attendant, je te fais des récits homériques à dormir debout sur toutes ces péripéties sanglantes. Cela n’est ni propre ni amusant et je crois que je ferai mieux de garder mes aventures nocturnes pour moi toute seule. Baise-moi et pardonne-moi mes CONFIDENCES par trop prosaïques.
Juliette
a « verouillée ».
b « avants-postes »
« 2 août 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 231-232], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12609, page consultée le 24 janvier 2026.
2 août [1850], vendredi midi
Je ne suis pas encore partie, mon amour, ni prête à partir. On voit bien que vous ne savez pas ce que c’est qu’un ménage…… dont on s’occupe. Le mien me prend le plus clair et le meilleur de mon temps et ce n’est pas malheureux car si je ne m’étais pas créé cette occupation forcée il y aurait longtemps que j’aurais succombé à l’impatience et à l’ennui que me cause ton absence. Certainement cela ne te remplace pas dans ma pensée et dans mon cœur. Je ne le sens que trop bien, mais cela empêche le découragement physiquea de s’emparer de moi ce qui est quelque chose. Je serai revenue à deux heures car je n’ai qu’à aller chez Jourdain pour le prévenir que son argent est prêt et chez la mère Lanvin pour lui donner l’argent et la reconnaissance1. Cher petit homme, je crois que tu as bien fait de retirer ce couvert pour lequel nous payons des intérêts monstrueux depuis dix-huit ans. Je crois même et je t’assure que mon intérêt personnel n’est pour rien dans mon opinion, qu’il vaudrait mieux emprunter à cinq de cent pour dégager ces effets qui se détériorentb sans qu’on en use puisqu’il y aurait encore un bénéfice net de 4 pour cent, sans parler des doubles emplois de renouvellement et des ennuis de tous genres que cela entraîne. Cependant, mon amour, puisque tu ne le fais pas c’est que tu en juges autrement et tu dois avoir raison. Je respecte ton opinion et je te remercie de nouveau pour le petit sacrifice que tu viens de faire.
Juliette
1 En 1830, Juliette Drouet endosse la dette de son amant, Scipion Pinel, qui avait signé plusieurs lettres de change en faveur d’une usurière, afin de la couvrir de cadeaux. Victor Hugo assumera seul les dettes de sa maîtresse. En plus du remboursement de la somme colossale réclamée par l’usurière Ribot, Victor Hugo décide de rembourser au tapissier Jourdain l’ensemble du mobilier que lui doit Juliette Drouet. Doit-il encore de l’argent au tapissier en 1850 ?
a « phisique ».
b « déterriore ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
