« 13 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 247-248], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7743, page consultée le 24 janvier 2026.
13 juin [1841], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour mon amour chéri, bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour, je t’aime. Comment
vas-tu, mon petit homme ? Quant à moi on ne m’entenda plus parler et je ne fais que tousser. J’ai la gorge arrachée,
je suis dans un état hideux et je ne comprends pas que cela m’ait priseb si subitement et si fort. Enfin
c’est un phénomène dont je me serais bien passéec.
Vous avez oublié vos beaux gants, mon amour. J’ai cru
d’abord qu’il y avait quelque bouton ou quelque décousure à refaire mais ils sont
intacts et n’ont conservé que la forme de vos jolies petites pattes. Je me suis
amuséed à soufflere dedans pour rendre l’illusion plus
complètef. Vous êtes mon Toto
ravissant.
J’espère, mon amour, qu’à défaut de la lettre originale de ton
père1 tu me donneras celle
d’hier dont je m’étais déjà emparée faute de mieux car je sens, malgré mon avidité à m’emparer de tout ce qui parle de toi, de tout ce
qui t’approche ou te touche, que la lettre originale de ton père revient de droit
à la
bonne petite Didine. Mais ce sacrifice une
fois fait je deviens encore plus happe-chairg et plus enragée pour celle du parent prussien2. Ia, ia, Monsire, Matame, il est son sarme la vieille
Juju. Je vous aime, taisez-vous et venez bien vite.
Juliette
1 Joseph Léopold Sigisbert Hugo, le père de Hugo, décédé en 1828. Quant à la lettre, à élucider.
2 S’agit-il d’un parent de Hugo, dont la famille paternelle, d’origine germanique, était établie à Nancy ?
a « entends ».
b « m’est pris ».
c « passé ».
d « amusé ».
e « souffer ».
f « complette ».
g « happechaire ».
« 13 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 249-250], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7743, page consultée le 24 janvier 2026.
13 juin [1841], dimanche après-midi, 3 h.
Quel affreux temps, mon amour, j’y vois à peine à t’écrire. Heureusement qu’il fait
très clair dans mon cœur et que je distingue très bien mon amour et le désir de te
voir avec ton absence et la tristesse qu’elle me cause.
Le bottier1 est venu avec son paquet d’échantillonsa dont pas un n’approchait de la
couleur de ton pantalon. Pour éviter tout malentendu à ce sujet je lui ai donné le
pantalon tout entier à emporter afin qu’il puisse rassortir sur le gousset de
derrière. Je lui ai recommandé en outre de te rendre le pantalon et les souliers le
plus tôtb possible.
Maintenant,
toute grippée et toute éclopéec que
je suis, j’ai encore la prétention de vouloir assister à Hernani ce soir2 si vous
voulez bien le permettre, ce qui est moins sûrd que du vinaigre. Je ne sais pas si les femelles viendront3 vu le temps qu’ile fait mais dans tous les cas je les ferai dîner de bonne heure et ce
ne sera pas un obstacle à ce que vous me conduisiez à Hernani ce soir. Je vous aime Toto, je vous adore mon petit homme chéri.
Baisez-moi, cher petit homme, baisez-moi bien fort, je vous adore.
Juliette
1 Dabat. Une semaine avant exactement, Juliette lui a écrit de venir pour faire faire de nouvelles bottes à Hugo, de la même couleur que son pantalon gris. Elle lui demandait donc d’en laisser un échantillon car selon elle, « ces choses-là doivent être ou tout à fait pareilles ou tout à fait dépareillées ».
2 Hernani est repris à partir du 7 juin 1841 au Théâtre-Français avec dans le rôle d’Hernani Beauvallet et Émilie Guyon, qui fait ainsi ses débuts, dans celui de doña Sol.
3 En général, le dimanche soir, les amies de Juliette viennent dîner rue Sainte-Anastase. Il s’agit surtout de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot et de Mme Pierceau.
a « échantillon ».
b « plutôt ».
c « écloppée ».
d « sûre ».
e « qui ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
