« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 147-148], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10935, page consultée le 10 mai 2026.
Mardi matin, 10 h. ¼
[Après le 18 mars 1835]
Bonjour, mon cher petit homme, comment te trouves-tu ce matin ? As-tu bien reposé
cette nuit ? Tes pauvres yeux sont-ils un peu moins malades aujourd’hui ? Je voudrais
te voir pour m’assurer par moi-même de l’état de ta chère petite personne. Et puis
j’ai tant de bonnes choses de toutes sortes à te dire, j’en ai tant amasséesa pendant la nuit que si tu ne viens pas
bien vite en prendre un peu, je ne serai plus assez grande pour contenir tant de
tendresse et d’amour.
J’ai une bête de commission à te faire. Elle me paraît si
incroyable que je soupçonne la portière de faire l’officieuse aux dépens de notre
position, en supposant des faits absurdes et impossibles. Au reste, tu en jugeras
toi-même et tu me rendras la justice que je fais rigoureusement et religieusement
tout
ce dont nous sommes convenus et que rien de ce qui se passe chez moi ou autour de
moi
ne t’est caché.
J’ai dans ce moment une pointe de colère mêlée d’un sentiment de
dégoût pour de misérables gredins indignes des galères. Il n’est pas possible d’être
plus bêtement lâche, d’être d’une plus stupide mauvaise foi, d’une plus impuissante
rage, que ne sont ces ignobles têtards appelés vaudevillistes en général, et Dupeuty
et Duvert1 en particulier.
Pendant que je t’ai écrit ces quelques lignes, ma colère s’est dissipée. Je leur sais
gré même des efforts qu’ils ont faits pour faire ressortir ton triomphe qui n’avait
pas besoin de ça, mais il est convenu que ce qui abonde ne vicie pas.
À ce soir
notre Angelo.
1 MM. Dupeuty et Duvert, vaudevillistes. Leur parodie Cornaro, tyran pas doux, traduction en quatre actes et en vers d’Angelo, tyran de Padoue, est une parodie représentée pour la première fois le 18 mars 1835 au Théâtre du Vaudeville à Paris. Cette lettre a donc vraisemblablement été écrite après le 18 mars 1835.
a « amassée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
