« 25 novembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 484-485], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16288e879, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 25 novembre1 1853, vendredi matin, 11 h.
Cette fois-ci, mon petit homme, je prends les devants pour les restitus afin de n’avoir rien sur le cœur de tout l’ennui que j’y ai depuis hier et de pouvoir laisser sortir librement tout l’amour que j’ai dedans. Je ne sais pas si cette phrase est bien intelligible, mais je ne m’en inquiète pas autrement puisque vous vous êtes institué le Champollion2 en chef de ma littérature.
Je ne sais pas encore si je ferai mon tour de PRÉAU tout à l’heure, tant j’y ai peu de goût et tant le ciel est menaçant. Et puis, j’ai remarqué que, depuis que je suis CENSÉE me promener, vous ne me faites pas sortir du tout, ce à quoi je m’attendais, mais aussi ce à quoi je ne veux pas me prêter. Donc, à partir d’aujourd’hui, je vous laisse toute la responsabilité de ma podagrerie et de ma prochaine crevaison. Nous verrons comment votre conscience s’arrangera de ce fardeau. En attendant, je m’en fiiiiiiiche et je me laisse envahir par les fungus, les lichens et les champignons VÉNÉNEUX. Sur ce, je vous laisse à vos réflexions et à vos remords et je m’accroche à mon clou.
Juliette
1 Du 15 au 28 novembre, Juliette se trompe de date. Une correction, qui n’est pas de sa main, a été apportée au-dessus du quantième : 15, pour 16 novembre, 16 pour 17 novembre, et ainsi de suite.
2 Jean-François Champollion est le premier à percer le mystère des hiéroglyphes égyptiens.
« 25 novembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 486-487], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16288e879, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 25 novembre1 1853, vendredi après-midi, 2 h.
Il fait froid et triste autour de moi et au-dedans de moi, mon cher petit homme, cela tient à l’absence de soleil et à votre absence. J’attends que vous reveniez tous les deux pour réchauffer mes os et réjouir mon âme. Jusque-là, je me laisse aller à l’influence du baromètre et de l’ennui.
Que faites-vous aujourd’hui, c’est-à-dire que ne faites-vous pas, car Dieu sait que vous n’êtes jamais à court de prétexte pour me laisser là ? J’aime mieux que vous ne vous gêniez pas pour moi, telle est ma grandeur et elle n’est pas mince. J’ai reçu ce matin un mot de Mme de Montferrrier m’accusant seulement réception du portrait2 car elle attend d’heure en heure la mort de son vieux père. Cependant elle trouve encore le temps de me dire qu’elle a été douloureusement impressionnée dans son bonheur en recevant ton cadeau, par l’expression de profonde tristesse de ton portrait. Je ne suis pas fâchée que cela l’ait frappée et qu’elle en ait été remuée jusque dans l’âme. Il serait à souhaiter que cette expression de poignante indignation aille réveiller les consciences somnolentes de la France et que cet admirable portrait fût le complément attendrissant de ton terrible et sublime livre3.
Juliette
1 Du 15 au 28 novembre, Juliette se trompe de date. Une correction, qui n’est pas de sa main, a été apportée au-dessus du quantième : 15, pour 16 novembre, 16 pour 17 novembre, et ainsi de suite.
2 Atelier photographique de Jersey.
3 Châtiments est paru le 21 novembre 1853.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
