24 octobre 1875

« 24 octobre 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 276], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10606e918, page consultée le 06 août 2026.

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Cher bien-aimé, j’ai encore passé une très bonne nuit et j’irais tout à fait bien si j’avais un peu plus de force. J’espère que cela viendra. D’abord parce que tu le veux et que je suis fermement résolue à t’obéir en cela comme en tout. Je viens de relire ta protestation : NON contre le plébiscite de 18701. Comme c’est beau, puissant, fier et terrible à partir de ce premier mot : NON jusqu’à celui de la fin : OUI. Quel formidable justicier tu fais, en même temps que tu es la sublime et divine bonté envers tous ceux qui souffrent. J’ai le cœur plein d’une adoration infinie que je voudrais répandre sur tes pieds comme un parfum. Je viens de relire aussi la lettre si pieusement anonyme de l’ouvrière à la couronne noire2. Elle est précédée de quelques mots de ton cher Meurice qui fait ressortir tout ce qu’il y a de touchant dans cet hommage religieux et discret3. Qu’ellea soit bénie, cette femme, et avec elle tous ceux qui t’aiment, t’admirent et te vénèrentb autant que moi.


Notes

1 Le plébiscite du 8 mai 1870 est le dernier plébiscite organisé sous le Second Empire. Napoléon III voulait réaffirmer son lien privilégié avec le peuple, faire approuver les réformes entamées par le gouvernement et donner une nouvelle constitution au régime impérial. Le texte que Juliette Drouet a lu est dans Le Rappel du lundi 25 octobre 1875 (n° 2054, p.  1). De plus, il appartient au volume de Pendant l’exil, qui paraît au début du mois de novembre.

2 Le 23 octobre, Victor Hugo a écrit dans ses Carnets : « Je reçois pour le tombeau de mes chers morts une grande couronne noire faite de deux branches, l’une de chêne, l’autre de laurier, et une lettre d’envoi très touchante, d’une femme, une ouvrière, qui signe C.F. » (CFL, t. XV-XVI/2, p. 862). Le contenu de la lettre est le suivant : « Permettez à une ouvrière républicaine de vous offrir une couronne pour vos chers morts. Bien faible hommage de mon admiration pour vous. C’est mon travail. Daignez l’accepter. Cela me portera bonheur. Une lectrice du Rappel. C.F. » (Ibid.). En 1876, Victor Hugo écrit : « Une noble femme, une ouvrière de Paris, la même que celle de l’an passé, qui ne signe pas, m’envoie une grande couronne de jais noir pour le tombeau de mes fils. » (Carnets manuscrits 1876, 29 octobre ; BnF, Mss, NAF 13480, f. 140r-141r). En 1879, il connaît son identité : « Envoi d’une couronne pour Charles et François-Victor par une ouvrière qui signe C.F. C’est la même. Elle ne veut pas se faire connaître. – L’homme porteur de la couronne, pressé par Mariette, a fini par dire le nom : Mme Clémence Florentin, 5 rue des Trois-Frères. » (Carnets VII-1876, 1er novembre ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 907).

3 Le Rappel no 2054, 25 octobre 1875, p. 2.

Notes manuscriptologiques

a « quelle ».

b « vénère ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.