« 25 janvier 1871 » [source : MLVH Bièvres, 130-8-LAV-VH 40 a, b et c], transcr. Gérard Pouchain et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3892, page consultée le 24 janvier 2026.
Paris, 25 janvier [18]71, mercredi, midi ¾
Je viens de reporter Petite Jeanne, qui, décidément, m’a choisie entre toutes pour sa pissotière, à sa mère. J’ai rencontré là ton fils Charles et Rochefort qui m’ont appris la reddition de Paris d’après le dire même de Dorian qui était venu exprès la leur apprendre1. Ainsi tout est fini ! Il n’y a plus aucune espérance de secours à attendre d’aucun côté car il paraît que toutes les armées extérieures sont bloquées partout. D’après ce même Dorian Gambetta se serait très bien conduit. Tout cela demande confirmation mais la triste vraisemblance fait craindre, hélas ! que ce ne soit archi vrai. Quelles seront les conditions de cette reddition ? Nul ne le sait encore ; mais moi je sens plus que jamais que je veux vivre et mourir à tes pieds. Plus que jamais, aussi, je sens le besoin de me rapprocher encore plus près de toi. Maintenant que tes deux fils sont réunis sous le même toit est-ce qu’il ne serait pas possible que tu vinsses les rejoindre sans affliger P. Meurice2 ? Dans les douloureuses circonstances où nous allons nous trouver il me semble que toutes les susceptibilités, même les plus tendres, comme les siennes, doivent s’effacer devant les dangers que tu peux courir et dont il assume imprudemment toute la responsabilité. Je sens à travers mon amour que mon conseil est sage et que ta liberté et ta vie seront plus en sûreté sous la garde de tes enfants et aussi un peu sous la mienne, si tu permets cette association, que partout ailleurs. Enfin je sens que je t’adore invinciblement.
1 « M. Dorian est venu ce matin voir mes fils au Pavillon de Rohan. Il leur a annoncé la capitulation imminente. » (Victor Hugo, Carnet, 25 janvier 1871).
2 Depuis son retour en France, Victor Hugo loge chez les Meurice. Juliette loge depuis le 26 septembre 1870 au pavillon de Brohan, 172 rue de Rivoli.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo perd son fils Charles et la famille se réfugie en Belgique puis au Luxembourg pendant et après la Commune.
- 8 févrierHugo est élu député.
- 14 février-17 marsIls habitent Bordeaux, où Hugo siège à l’Assemblée Nationale. Hugo loge au 37 rue de la Course.
- 8 marsHugo démissionne après l’invalidation de l’élection de Garibaldi.
- 13 marsMort de Charles Hugo à Bordeaux, d’une apoplexie.
- 18 marsEnterrement de Charles Hugo au Père-Lachaise. Début de la Commune de Paris.
- 21 mars-1er juinÀ Bruxelles, séjour qui se termine par l’expulsion, après l’agression à coup de pierres du domicile de Hugo place des barricades, consécutive à son article, paru le 27 mai dans L’Indépendance belge, où il offrait l’hospitalité aux proscrits de la Commune.
- 1er juin-23 septembreSéjour au Luxembourg.
- 9 octobreHugo emménage 66 rue La Rochefoucauld et Juliette 55 rue Pigalle.
