« 20 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 401-402], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1365, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 20 avril 1853, mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon doux petit homme, bonjour. Je commence à sortir de mon affreuse migraine quoique je ne sois pas encore très fameuse. De ton côté, tu dois être bien fatigué, mon pauvre adoré, car il t’aura fallu lire et dicter ton discours hier au soir à ta famille, puis la nécessité de te lever de bonne heure aujourd’hui. Tout cela ajouté en surcroît à ton travail de tous les jours a dû te fatiguer extrêmement. J’en suis si convaincue que je n’espère pas te voir ce matin et si j’avais le courage aussi fort que ma sollicitude, je désirerais même ne pas te voir pour ne pas augmenter ta lassitude. Mais à l’impossible aucune Juju n’est tenue. Tout ce que je peux faire c’est de me résigner à ne te voir que quand tu voudras. Quand tu POURRAS, mon bien-aimé, car je suis persuadée que si cela dépendait de ta volonté tu serais déjà ici et moi la plus heureuse des Juju. Aussi, mon cher adoré, je t’attends avec confiance, avec patience, avec amour et avec toute la tendresse de mon âme. Pense à moi, ne te fatigue pas trop si tu peux, et reviens-moi dès que tu seras libre.
Juliette
« 20 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 403-404], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1365, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 20 avril 1853, mercredi après-midi, 1 h.
Tu as été adorablement bon, tendre et charmant ce matin, mon Victor et l’impression ineffable que j’en ai ressentiea ne s’est pas encore effacée quoiqu’il y ait pourtant déjà bien longtemps. Pauvre adoré où es-tu ? Que se passe-t-il ou, plutôt, que s’est-il passé à cette funèbre cérémonie1 ? Quelle a été l’attitude des proscrits violents et celle de la stupide population fanatique de ce pays, devant tes nobles et généreuses paroles ? Je regrette de n’avoir pas pu assister à cet enterrement pour entendre tes saintes et sublimes paroles plus tôt. Mais j’ai craint d’être seule de femme et de me faire remarquer car pour moi il y a double précautionb à prendre avec les bigots politiques et les bigots de religion. Je me suis résignée à rester chez moi mais ça n’a pas été sans peine et sans de bien gros regrets. L’heure avance. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé de scandaleux sur votre passage et devant cette fosse. Oh ! Je te voudrais de retour, mon pauvre adoré, pour le bonheur de te voir et pour la tranquillité de mon esprit qui se tourmente pour toi à propos de tout. Mon Victor adoré, reviens bien vite, pour que je n’aie qu’à t’aimer et à te baiser depuis la tête jusqu’aux pieds.
Juliette
1 Hugo a prononcé un discours sur la tombe du proscrit Jean Bousquet.
a « ressenti ».
b « double précautions ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
