30 août 1852

« 30 août 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 261-262], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8731, page consultée le 23 janvier 2026.

Je garde pieusement les dernières saintes paroles que tu m’as dites en me quittant tout à l’heure, mon bien-aimé. Elles rayonnent sur mon âme dans ce monde et dans l’autre pendant toute l’éternité. J’y crois comme si le bon Dieu lui-même me les avait dites. Merci, mon adoré, grâce à ces paroles si sincères et si adorables, je vais passer la journée courageusement et je t’attendrai sans trop de tristesse. Je vais même essayer de m’amuser mais je crains bien d’en être pour tes frais d’omnibus et mes frais de jambes, tant je suis peu amusable sans toi. Je regrette même de m’être engagée à sortir car je sens que je me serais plu davantage chez moi que sur les chemins. Enfin du point de vue hygiène, ce n’est pas un mal, c’est pour cela que je vais me mettre en route avec la certitude de te plaire en faisant cette promenade solitaire. De ton côté, mon cher petit homme, amuse-toi bien, pense à moi et use de la lorgnette à tous les POINTS DE VUE. Je te le permets, ne pouvant t’en empêcher. C’est le secret de beaucoup de concessions de ce genre. Uses-en mon petit homme, le moins malhonnêtement que tu pourras, et tâche de ne pas perdre de vue que je t’aime plus que ma vie. Tâche encore de revenir ce soir, car, quoi que je fasse et quel que soit mon courage, je trouve le temps bien long et la journée bien difficile à passer sans te revoir d’ici à demain. Cependant si tu ne le pouvais pas absolument ne t’en tourmente pas mon cher petit homme. Je ferai tenir douce compagnie à mon âme par les ravissantes paroles que tu m’as données en t’en allant. Elles font déjà leur office merveilleusement bien et je m’en sens tout heureuse intérieurement.

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.