11 mars 1851

« 11 mars 1851 » [source : Collection particulière Vente Morland & Morland, 14 septembre 2023 ], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16541e703, page consultée le 04 mai 2026.

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Je me couche en désespoir de cause, mon petit homme, car il n’est pas probable que tu reviennes assez tôt et que tu te déranges de ton chemin pour venir t’informer de l’état de mon cœur et de mon nez. Loin de le trouver mauvais je t’en remercie car ma rue n’est rien moins que praticable [le] soir après la pluie, sans parler des autres inconvénients qui peuvent s’y rencontrer. Bonsoir, donc, mon cher petit homme, amuse-toi, soigne-toi, dorlote-toia, dors bien et ne pense à moi que si cela ne t’ennuie pas trop et seulement au moment de t’endormir comme auxiliaireb narcotique. J’ai beaucoup regretté de n’avoir pas d’autres mouchoirs à t’offrir que celui que je t’ai donné mais la plus vieille Juju du monde ne peut donner que les mouchoirs qu’elle a. C’est connu depuis le temps où la reine de Saba prêtait son tire-jus à Salomon. Vous avez une manie terrible c’est de regarder le linge comme un préjugé jusqu’au jour où un rhume de cerveau ou une bonne fortune d’Olympe ou de Poléma vous force à vous moucher dans vos doigts de souverain et de montrer votre virginité sans la moindre chemise pour feuille de vigne. Qu’y faire ? On n’improvise pas un trousseau comme un pied de cochon truffé chez le charcutier. Il faut le temps de l’acheter, de le coudre et de le faire blanchir. Remarquez que, sans mon insistance, vous ne songiez pas à vous acheter ces mêmes mouchoirs qui vous font tant faute aujourd’hui. Je ne dis pas cela pour me faire valoir mais pour vous démontrer votre propre absurdité à ce sujet. Je tire tant que je peux sur ce contrepoids de votre universelle supériorité afin de la rapprocher un peu de notre pauvre infériorité humaine. Mais je sens que tous mes efforts ne vous font pas baisser d’un cran et j’y renonce. Bonsoir, encore une fois, ne rentrez pas trop tard, n’ayez pas froid, dormez bien et ne rêvez pas coquilles d’huîtres car je n’en ai pas mangé. Vos escargots n’étant pas sympathiques à ces mollusquesc.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « dorlotte-toi ».

b « auxilliaire ».

c « molusques ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.

  • 1851Hugo visite les caves de Lille.
  • 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
  • 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
  • 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
  • 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
  • 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
  • 26-27 octobreAutre excursion.
  • 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
  • 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
  • 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.