11 janvier 1866

« 11 janvier 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 11], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7982e648, page consultée le 04 mai 2026.

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Je t’envoie mon bonjour trempé de tendresse et d’eau jusqu’au cou. Depuis hier je vis dans une véritable mare d’Auteuil moins les poissons rouges. Mes servardes et moi ne sommes occupées qu’à étancher l’eau qui jaillit de tous les côtés dans ma chambre. Toute ma maison ressemble à une nasse dans laquelle vont et viennent des carpes d’une grosse espèce. Tout cela est drôle mais pas amusant, et j’aime mieux ZOZO D’EMS avec ses séraphinsa de grande route, ailes au................b

La suite au prochain bric-à-brac. Je ne suis pas non plus sans inquiétude sur ta propre piaulec et je crains qu’il n’y ait beaucoup de dégâtsd chez toi. Encore si j’étais sûre que tu as bien dormi toute la nuit, ce serait une grande compensation à mes infortunes et à mes inquiétudes diluviennes. Mais je ne sais rien et la pluie tombe toujours. Je n’ai pas compris comment j’ai pu te fâcher hier en te parlant d’arranger ta chambre en vue d’y loger Mme de Montferrier dans le cas où elle viendrait ce printemps ici. Je ne le comprends pas encore et je suis trop sincère pour ne pas te le dire avec le désir d’arriver à mettre ma raison d’accord avec la tienne. J’espère que tu ne m’en voudras pas d’insister sur un point où notre reconnaissance est absolument et indissolublement solidaire l’une de l’autre. D’avance, mon bien-aimé adoré, je te promets de mettre tout mon cœur dans le tien pour qu’il n’y ait aucune divergence entre ta manière de sentir et la mienne sur ce qu’il faut faire pour acquitter notre dette envers cette pauvre femme qui nous a donné l’hospitalité dans un temps où les amis et les proches s’y refusaient1.


Notes

1 Mme de Monferrier, femme d’un directeur de journal bonapartiste, amie de Juliette pendant la Seconde République, les a hébergés secrètement à l’époque où Hugo en décembre 1851, était recherché par la police après le coup d’État. C’est de chez les Montferrier que Hugo part clandestinement le 11 décembre 1851 pour rejoindre son premier exil à Bruxelles. Juliette le suivit deux jours plus tard, avec la malle aux manuscrits.

Notes manuscriptologiques

a « ces séraphins ».

b Une ligne de seize points.

c « piole ».

d « beaucoup de dégât ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils passent de longues vacances en Belgique.

  • 12 marsLes Travailleurs de la mer.
  • 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
  • 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
  • 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.