3 juin 1864

« 3 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 153], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e117, page consultée le 04 mai 2026.

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Je crains de m’être engagée imprudemment tout à l’heure, mon cher petit homme, en te disant que je serais prête à sortir à deux heures et demie. Je ne m’étais pas souvenue des trois pilulesa que j’avais avalées hier au soir et ce n’est qu’à présent que je m’en souviens, et pour CAUSE. Peut-être en serai-je débarrassée d’ici là ; mais, dans le doute, je devrais peut-être rester chez moi jusqu’à demain. Du reste tu en décideras toi-même au moment venu. En attendant je pense avec un quasi chagrin à la nécessité de déménager d’ici à peu de jours. Je suis si bien acoquinée à ton cher petit voisinage que rien ne me tente en dehors de lui maintenant qu’il n’y a plus moyen de reculer mon expatriation. Je me sens triste au fond de l’âme et je m’en veux d’avoir cédé mon bonheur de toutes les minutes pour des raisons de santé plus ou moins contestables. Je crains de justifier, et au-delà, le proverbe : le mieux est l’ennemi du bien. Enfin cette maison est achevée il faut l’habiter, sinonb la BOIRE1. C’est pour cela qu’il faut que je fasse des préparatifs sérieux de déménagement. Il me faudra même renoncer pour quelques jours au bonheur de dîner avec toi et avec ton cher petit Toto pour en finir le plus tôt possible avec cet arrachement d’habitude de mitoyenneté. Tu vois du reste que cette préoccupation ne m’est rien moins qu’agréable et que le plus tôt que je pourrai m’en débarrasser sera le meilleur pour mon pauvre cœur tiraillé. Donc, si je peux sans inconvénient m’absenter de chez moi tantôt, ce sera pour aller prévenir de faire poser les tapis tout de suite. – Quant à celui du cabinet je tâcherai d’obtenir que Marie Turpin vienne le raccommoder lundi. Voilà, mon cher petit trop aimé, tout ce que je peux faire CONTRE mon service. Ne m’en demande pas davantage pour le moment. Plus tard, si tu viens travailler auprès de moi dans l’autre maison, si tu ne me quittes pas et si tu m’aimes autant que je t’aime je te promets d’être heureuse, heureuse, heureuse.


Notes

1  Allusion au dicton « Quand le vin est tiré, il faut le boire ».

Notes manuscriptologiques

a « pillules ».

b « si non ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.