« 4 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 154], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e148, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 4 juin [18]64, samedi, 3 h. après-midi
Un mauvais jour pour moi que le samedi, mon cher bien-aimé, à cause des provisions à faire faire pour quatre jours. Enfin je crois que j’en suis horte, comme on dit dans ce pays-ci, mais je suis fatiguée et abrutie outre mesure. Peut-être quand je me serai réconfortée d’un bon débarbouillage me sentirai-je alerte et rafraîchiea. Je le saurai tout à l’heure dès que je t’aurai gribouillé ma restitus. J’ai envoyé pour les tapis ou viendra les poser lundi. J’espère que Marie Turpin sera exacte de son côté. Quant à Gore, il a encore à peindre les portes extérieures de la salle de bain, du jardin, la rampe de l’escalier de la cuisine et les deux ou trois portes qui l’avoisinent. Puis le pied du banc à remettre et enfin le petit garde-manger près de la pompe à raccommoder. Après quoi je crois que tout sera fait. Dès que l’odeur sera supportable je me hâterai de prendre mon courage à deux mains pour achever ce déménagement qui tant me pèse. D’une part le chagrin de me séparer de ton voisinage, d’autre part la privation de mon cher petit dîner quotidien qui me rend si fière et si heureuse tous les jours ou toi, ton fils et ceux que tu invites me font l’honneur de le manger. Mais j’ai beau tourner et retourner la difficulté dans tous les sens, je ne vois pas moyen de vous recevoir pendant les quelques jours de mon installation là-bas. Il ne tiendra pas à moi, mais peut-être à mes forces, que je n’abrège de beaucoup l’ennui forcé que je m’impose en renonçant à mes chères bonnes petites soirées. Quant à toi, mon doux adoré, il va sans dire que tu as toujours la libre pratique dans ma maison qui est encore plus la tienne, et que tous les moments que tu pourras me donner seront autant de fatigue et de tristesse que tu m’enlèveras. En attendant je tâche d’avoir du courage et je t’aime par dessusb mon cœur et de toute mon âme.
J.
a « raffraîchie ».
b « pardessus ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
