2 juin 1864

« 2 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 152], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e66, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Le temps n’est pas à la promenade, mon cher petit homme, c’est ce qui fait que je ne me presse pas de m’attifer avant d’avoir fini mon toutounage quotidien. J’ai encore une fois mal à la tête mais je l’attribue à la quantité de térébenthinea dont je me suis servie pour détacher la peinture de mon jupon que j’avais sur moi hier en allant à MA maison. Je n’ai pas [pu] enlever les taches mais je me suis donné un BON mal de tête dont je me serais bien passé. Tout cela n’est pas bien nécessaire à dire et encore moins à écrire, n’était mon dénuement absolu d’idées excepté les deux mots que tu connais, et qui sont le fond et le tréfondsb de mon cœur et de mon âme, je n’ai rien dans mon bissac, pas plus dans celui à la malice que dans celui à l’esprit. Je suis à sec de toile, mon amour me tenant lieu de tout. Du reste vous m’avez si bien rabrouée hier à propos des vertus DOMESTIQUES de Marquand que j’en suis encore abasourdie aujourd’hui, mais non CONVAINCUE. PEU IMPORTE, je ne dirai plus rien sur ce personnage guernesiaisement parcimonieux1 et secco dans son ménage et je garde toute ma sympathie pour la pauvre femme. Il y a des moments où l’économie n’est pas vertu, mais vice, laisse-le moi dire ici encore une fois pour l’acquit de ma conscience et ne me force pas dans les derniers retranchements de mon antipathie motivée. À cette condition je te promets d’être absolument sourde et muette quand il s’agira du susdit Marquand. Cela convenu, mon cher petit homme, je me jette à vos sacrés genoux pour vous PARDONNER, PARDONNER PAPA, et je vous souris et je vous adore et je suis très GEAIE et très heureuse de votre injustice à mon égard.


Notes

1  Sans doute cette extrême parcimonie est-elle la raison pour laquelle Victor Hugo fournit Mme Marquand en pâte de guimauve. Le carnet nous montre Victor Hugo envoyant de la pâte de guimauve à la malade les 29 mai et 9 juin.

Notes manuscriptologiques

a « thérébentine ».

b « tréfond ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.