26 octobre 1853

« 26 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 430-431], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e873, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit écuyer1, bonjour mon grand cavalcadour, bonjour, dormez pour vous remettre de vos fatigues et de votre cidre2 charnu, dormez. Quant à moi, j’ai été réveillée à minuit par une aubarde3 donnée à la seconde maison après la mienne par des musiciens du crû lesquels EXÉCUTAIENT la marche militaire des ours que tu connais sur la clarinette et le tamboureau. Cette fois, je me suis levée pour savoir de quoi il était question mais je n’ai rien pu distinguer qu’un groupe noir, lequel après avoir détonné pendant un quart d’heure s’en est allé comme il était venu. La grand-mère que j’ai interrogée ce matin, m’a dit qu’elle n’avait jamais entendu tintamarrer de même, qu’elle avait eu très peur ainsi que sa vaillante Mary, qu’elle s’était bien donné de garde d’ouvrir sa fenêtre dans la crainte qu’on ne lui jetât des pierres car cela ne pouvait être que des VACABONDS. Quant à la fille, madame MISTRESS ITWARD4, elle pense que ce sont des pêcheurs de lançons ou des vagabonds. Voilà les seuls renseignements que j’ai pu obtenir sur cette SÉRÉNADE nocturne et locale. C’était bien la peine de me réveiller pour ces ZUTS de travers au risque de ne pas pouvoir me rendormir jusqu’au matin. Une autre fois, je suivrai votre indication sur les musiciens qui passent et je leur videraia mon URNE FUNÈBRE5 sur la tête. En attendant je me verse tout entière sur vos sacrés pieds.

Juliette


Notes

1 Hugo pratique l’équitation.

2 À la date du 8 janvier 1853 dans son Journal de l’exil ou Journal de Jersey, Juliette explique ce que désigne pour les proscrits un « cidre » : « jour du cidre de Charles (nom donné par Vacquerie aux thés, soirées, et aux réunions anglaises quelconques) mais le cidre de Charles n’a été fondé qu’en vue des proscrits démocrates et pauvres qui résident dans l’île. », Juliette Drouet, Souvenirs, 1843-1854, texte établi, présenté et annoté par Gérard Pouchain, Éditions des femmes/Antoinette Fouque, 2006, p. 303.

3 Aubarde/aubade : air ou morceau de musique donné sous la fenêtre d’une personne en général, une femme ou une jeune fille, le matin, et par extension à toute heure.

4 À identifier.

5 Allusion au pot-de-chambre.

Notes manuscriptologiques

a « vidrai ».


« 26 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 432-433], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e873, page consultée le 01 mai 2026.

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Pas plus de Toto que sur la main, mais en revanche toujours de la pluie. Cette compensation à rebrousse-poils finit par devenir monotone à la longue et ne fait qu’augmenter ma moisissure et ma verdâtrerie. Cependant je reconnais que vous avez bien fait de me brûler la politesse ce matin, en ne vous exposant pas au froid et à la pluie. Voilà tout ce que je peux faire pour voter service. Quant au RESTE j’en pense ce que je veux, cela ne vous regarde pas, mais j’en ai une médiocre opinion. Taisez-vous par honte ou par pudeur. En relisant la lettre de Julie1, j’ai vu qu’elle se hasardait timidement dans la dernière ligne de la lettre à élever SON REGARD jusqu’à toi. Il faut que la venette2 qu’inspire le Boustrapa3 soit bien pommée pour empêcher cette pauvre péronnelle de se répandre en admiration et en reconnaissance sur toi. Du reste je suis pour ce que j’en ai dit l’autre jour sur cette impériale cosaquerie ; la France n’a que ce qu’elle mérite et je finis par estimer ce féroce polisson de tout le mépris que m’inspire cette lâche salopea. Tant pis si je heurte vos sentiments nationaux mais je ne saurais changer d’opinion même pour vous faire plaisir.

Juliette


Notes

1 Julie Rivière, fille cadette de Mme Rivière , que Juliette a connue avant l’exil du fait de l’amitié qui la liait à sa fille, Claire Pradier. En exil Juliette entretient une correspondance avec Julie, la désignant parfois comme sa filleule.

2 « Venette » : peur.

3 Un des sobriquets attribués à Louis-Napoléon Bonaparte, formé des premières syllabes de Boulogne, Strasbourg et Paris, trois lieux où il tenta des coups d’État.

Notes manuscriptologiques

a « saloppe ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.