« 28 mars 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 65], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5097, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 28 mars 1858, dimanche après midi, 3 h.
Je me défie moins de ma pensée que de mes paroles, mon Victor, c’est pour cela que je t’écris ces quelques lignes pour te dire que je t’aime et combien j’apprécie ta bonté, ta patience et ton [illis.] pour moi. Malheureusement ma santé et mon caractère te rendent trop souvent toutes ces vertus difficiles. Je le sens et je m’en irrite encore davantage contre moi et c’est ainsi que ma pauvre âme tourne dans ce cercle vicieux sans pouvoir en sortir et que je trouble ta vie au lieu de te charmer. Tout cela est bien triste et bien douloureux pour nous et il y a des moments où je suis capable de tout pour en finir avec mes infirmités morales et physiquesa. La crainte de te causer un chagrin dont je ne peux mesurer la portée m’arrête, mon bien-aimé et m’impose le devoir, presque impossible pour moi à remplir, de vivre en dehors de ma propre nature et de mes maux sans cesse renaissants. Cependant, pour te plaire, j’y essaierai encore toujours, dussé-jeb en être pour ma peine et pour mon amour.
a « phisiques ».
b « dussai-je ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
