« 27 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16 386, f. 24.], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e1362, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 27 janvier [18]65, vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon ineffable, mon grand, mon doux, mon sublime bien-aimé, bonjour. Mon cœur se fond en tendresse en pensant à ce que tu es pour moi. Je voudrais baiser tes pieds. Je t’adore. Tu as raison de rester au lit par ce temps humide et gris. C’est ce que je fais moi-même en t’écrivant paresseusement et chaudement dans mon dodo. Il va falloir après ma chère petite restitus que je me mette d’arrache-plume à répondre à mon neveu1. Cette corvée, car c’ena est une, ne peut plus s’ajourner d’après les sollicitations pressantes qu’il me fait et qui n’aboutiront pas, je le crains, à ce qu’il désire2. Le pauvre garçon se fait plusieurs illusionsb dont la moindre n’est peut-être pas celle sur son esprit. Il est vrai que de ce côté-là le pauvre garçon n’a pas de qui tenir et que je n’ai pas le droit de critique à ce sujet. C’est une drôle de manière de te préparer à le protéger mais la vérité l’emporte sur le sentiment et je ne voudrais pas rien obtenir de toi par surprise pour ma famille ou pour moi. Je ne sais pas quand je pourrai lire le monceau de journaux que tu m’as apporté et cela me tourmente parce que je sens que le pauvre Kesler attend après et qu’il les désire encore plus en ce moment à cause des choses intéressantes qu’ils contiennent que les autres jours3. Si tu voulais je pourrais les lire après lui. Je te le demanderai tantôt. En attendant je te remercie de ta bonne grâce à ce sujet et pour tous les autres dont tu me combles. Je te donnerai ce soir un petit mot pour ton cher petit Victor4 que j’aime de plus en plus et puis je t’adore de toute mon âme.
1 Louis Koch qui est le fils de Renée Koch, sœur de Juliette Drouet.
2 Louis Koch qui a déjà traduit une nouvelle de Berthold Auerbach souhaite en traduire d’autres mais peine à trouver un éditeur. (Juliette Drouet, Lettres Familiales, Éditions Charles Corlet, 2001, pp. 180-191. Désormais abrégé en LF).
3 Tous les journaux ont publiés l’allocution de Victor Hugo faite pour Émily de Putron. De plus le mois de janvier 1865 est un mois funeste : Proudhon décède le 19 janvier et le colonel Charras le 21 du même mois. (CFL, p. 1695).
a « s’en est une ».
b « plusieurs illusion ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
