« 28 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 25], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e1433, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 28 janvier [18]65, samedi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon pauvre bien-aimé, bonjour et bonheur si tu as passé une bonne nuit, ce que j’espère. Le temps est beau ce matin, il gèle, mais je doute que ce soit pour longtemps car le ciel est chargé de nuages. Ces observations atmosphériques m’occupent tous les jours parce que je sais quelle importance c’est pour ta santé, ta longue promenade quotidienne trop souvent empêchée par la pluie. J’espère que rien ne lui fera obstacle aujourd’hui et que j’en pourrai profiter moi-même. Je n’ose pas revenir, même à distance, sur les deux déplorables incidents d’hier et d’avant-hier soir et cependant j’ai le cœur si gros de regrets et les yeux si gonflés de larmes que je ne peux pas me retenir de les laisser couler et déborder. Il m’est impossible de supporter la pensée que tu es mécontent et malheureux par moi. Aussi dès que je m’aperçois que je te fais souffrir par ma faute j’en éprouve un découragement et un chagrin que je ne peux pas dire. Et dans quel moment, mon Dieu, arrivent ces malentendusa ? Dans le moment où tu as le plus besoin de consolation et de diversion à l’absence de ta famille et de détente pour ton travail opiniâtre. Plus je pense à cela et plus je souffre et plus je m’accuse. Je voudrais te demander un pardon qui te rassure et te rende la confiance, je le paierais à Dieu le prix qu’il voudrait. Tu ne sais pas, tu ne peux pas savoir mon désespoir en ce moment qui est en proportion de mon amour et de ma tendresse pour toi. J’ai hâte de sortir de mon lit de peur d’y tomber malade et d’y mourir tant je souffre dans le cœur et dans l’âme. Je t’aime trop, mon pauvre bien-aimé, et je crois que le bon Dieu m’en punit. Mais je ne peux pas t’aimer moins. Quoi qu’il fasse contre moi je ne peux pas t’aimer autrement que de toute mon âme. Il faut que nous en prenions tout notre partib. Je tâcherai de te sourirec tantôt si je peux oublier que tu gardes en toi-même le souvenir du mal involontaire que je t’ai fait.
a « ces malentendu ».
b « notre partis ».
c « sourir ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
