10 janvier 1865

« 10 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 8], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e434, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Bonjour, mon doux adoré. J’espère bien cette fois ne pas me tromper en croyant que tu as bien dormi toute la nuit. Ce n’est pas d’après la mienne de nuit que j’en augure aussi bien car je l’ai passée presque blanche à partir de trois heures du matin. J’attendais avec impatience l’heure normale de faire lever mes servantes et encore je t’écris à tâtons tant le jour est long à se lever. Je doute même que tu puisses lire mon gribouillis car je n’y vois absolument goutte. Du reste le temps paraît assez beau ce matin et je ne demande pas mieux, s’il persiste, que de décrocher ton premier triangle avec toi aussitôt après ton déjeuner. Mais, j’y pense à présent, peut-être ne le pourras-tu pas à cause des lettres et des journaux ? Je me tiendrai prête dans tous les cas, cela ne t’engage à rien et ne peut pas me faire d’autre mal que le regret de n’avoir pas bien pris mon temps. Mais comme c’est aujourd’hui mardi, jour de bonheur pour moi, je n’ai pas le droit de me plaindre et je ne me plaindrai pas surtout si tu as bien dormi toute la nuit comme je l’espère. Pense à ta cheminée, mon cher petit homme, si ce n’est pas pour toi, que ce soit pour moi qui n’aurai vraiment de tranquillité absolue que quand elle sera faite. En somme ce ne sera que deux ou trois jours de dérangement, tout au plus, ce qui est bien peu de chose comparé aux maux de tête fréquents que te donne ton joli poêle. D’ailleurs, tu l’utiliseras comme chef de ta cheminée donc ton appartement y gagnera encore comme pittoresque en supposant qu’il en ait besoin. BUM… JOUR, c’est la manière dont le soleil fait son entrée dans ce pays-ci. J’y réponds par la formule : donnez-vous la peine d’entrer pendant que j’achève le gribouillis de mon autre soleil1. Cher bien-aimé, je serai contente si tu as passé une bonne nuit et si tu te portes bien et si tu m’aimes. Autrement je serai très malheureuse et JE M’EN IRAI. Ah ! mais, je n’ai pas besoin de rester avec un homme qui ne dort pas, qui ne prend pas soin de lui et qui ne m’aime pas. Tenez-vous-le pour dit et dormez et dorlotez-vous et aimez-moi tout de suite.

J.


Notes

1 Hugo réutilisera cette formule plaisante qui imite le coup de canon depuis Castle Cornet tiré tous les matins à 7 h., en la mettant dans la bouche de Déruchette, héroïne des Travailleurs de la mer [Remerciements à Gérard Pouchain].

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.