« 11 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 9], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e457, page consultée le 09 mai 2026.
Guernesey, 11 janvier [18]65, mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour. J’espère que tu as eu une meilleure nuit que celle que j’ai à t’offrir ce matin. Cela ne te sera pas difficile pour peu que tu aies tant seulement dormi quelques heures et que tu n’aies pas eu le dérangement de corps que j’ai encore ce matin. Du reste aucune souffrance sérieuse et si je reste au lit plus tard que de coutume, c’est que je veux me débarrassera au plus vite de ce petit malaise désagréable et peu poétique. J’ai été saluerb ton petit signal tout à l’heure, tâchant de découvrir dans sa pantomime indolente si tu avais bien dormi ; mais je dois avouer que je n’ai rien découvert du tout et que ma sollicitude n’est pas plus avancée qu’auparavant.
Pourquoi donc, mon cher petit chanceux, ne m’avez-vous pas serré la main hier au soir en me quittant ? Est-ce parce que j’ai répondu à vos taquineries de gagnant par des plaisanteries [FORCÉES ?] de perdante ? Je ne peux pas le croire ; mais, alors, si ce n’est pas pour cela, pourquoi est-ce donc ? That is the question à laquelle mon cœur répond tristement pour le vôtre : INDIFFÉRENCE. Ce mot m’entre plus douloureusement dans l’âme que toutes les scies que vous pouvez inventer ne me causent de gaîeté ; et si je pouvais les troquer en ce moment pour un bon baiser bien tendre de vous, j’en serais bien heureuse. Dans l’impossibilité où je suis de vous le demander efficacement à cette distance, je tâche de prendre patience jusqu’à plus ample explication et je vous aime tristement dans mon for intérieur jusqu’à ce que vous m’ayez rendu ma confiance et ma gaieté. Je pense d’avance avec regret que le temps est trop humide pour que je puisse sortir avec toi tantôt. Ma patraquerie s’y oppose absolument. Peut-être même me recoucherai-je dès que mon lit sera fait et ma chambre aérée. Déjà hier j’aurais dû résister au bonheur de sortir avec toi puisque j’étais déjà en proie à ce commencement de mal d’entrailles qui me tourmente ce matin. Donc, mon bien-aimé, ne vous étonnez pas si vous me trouvez couchée tantôt mais tâchez de me prouver que vous m’aimez encore un peu, moi qui vous aime toujours de plus en plus.
J.
a « débarasser ».
b « j’ai été salué ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
