« 18 juillet 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 211-212], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1082, page consultée le 01 mai 2026.
18 juillet [1850], jeudi matin, 7 h.
Bonjour, mon adoré petit bien-aimé, bonjour, mon ineffable petit homme, bonjour. Je regrette que tu m’aies vu pleurer hier au soir parce que cela peut te tourmenter et que tu n’as pas besoin que rien de mauvais s’ajoute à toutes les choses tristes et ennuyeuses dont ta sublime nature ne te met pas à l’abri. Ce que j’ai éprouvé hier était tout à fait nerveux et en dehors de notre amour, mon cher bien-aimé, il est bien vrai que si nous étions plus souvent ensemble je n’aurais pas de ces accès de découragement et de désespoir plus forts que ma raison et au-dessus de toute résignation. Mais je sais que tu ne le peux pas absolument, mon adoré, aussi je ne t’en veux pas. Je souffre mais je t’aime plus que jamais. La preuve en est dans le bien et le calme que m’a fait éprouver ta douce vue hier au soir au moment où il me semblait que j’avais la mort dans le cœur et que la vie m’était tout à fait odieuse et insupportable. Grâce à ta chère petite apparition, grâce à tes paroles si bienfaisantes, à ton sourire si bon, à ton regard si magnétique j’ai passé une bonne nuit. J’ai dormi et j’ai rêvé de toi sans larmes, ce qui ne m’est pas habituel car ta pensée qui ne me quitte jamais se transforme presque toutes les nuits en un affreux cauchemara dans lequel je te vois infidèle. J’espère que ces affreux songes sont des mensonges, c’est pourquoi je ne vous en garde pas rancune à mon réveil et que je suis au contraire plus que jamais votre dévouée servante.
Juliette
a « cauchemard ».
« 18 juillet 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 213-214], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1082, page consultée le 01 mai 2026.
18 juillet [1850], jeudi matin, 10 h. ½
Je suis seule, mon cher petit homme, et habillée cela va sans dire puisque mes robes s’attachent derrière. Je n’ose pas espérer que tu viendras me prendre pour ne pas avoir une trop rude déception mais je ne saurais m’empêcher de le désirer de toutes mes forces. Cependant si tu ne peux pas venir ne va pas croire pour cela que je sortirai à midi comme je te l’avais dit. Les choses ne vont pas avec cette simplicité et cette facilité avec moi, témoin mon porteur d’eau qui ne vient que tous les deux jours à des heures très capricieuses et que je suis forcée d’attendre parce que ma fontaine est vide. Tu vois que malgré les raisons que j’ai pour ne pas rester chez moi lorsque tu ne dois pas y venir je ne pourrai sortir que lorsqu’il plaira à Dieu, au guignon et au porteur d’eau de me le permettre. Cependant je dois t’avouer qu’au risque de crever d’hydrophobiea demain, ou de boire de l’eau du canal ce qui est encore pire, je brûlerais très bien la politesse au susdit porteur d’eau pour sortir avec vous. Mais je n’aurai pas cette chance. Oh ! que non ! Oh ! que non ! Oh ! que non ! Je me connais, je sais ce dont je suis capable. Dès que mon guignon est en jeu, je suis toujours sûre de gagner et de perdre quand c’est mon bonheur qui fait les frais. J’ai une chance insolente à ce loto aussi cartonné que mon nez de Juju.
a « ydrophobie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
