17 juillet 1850

« 17 juillet 1850 » [source : MVH, α 8417], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1019, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour. Il m’est impossible de dormir et je m’en venge sur toi en te gribouillant de tendres inepties à tire-larigota. Du reste, pour l’usage que tu en fais, je n’ai pas besoin de me gêner car voilà dix jours que tu n’as pas pris un seul de ces pauvres stupides margouillis. Je ne te blâme pas, loin de là, mais je n’en suis que plus fondée à ne pas me gêner en rien avec moi-même.

Comment allez-vous, mon petit homme ? Comment vont tous vos organes, y compris le plus affecté ? Je remarque que depuis deux ou trois ans toutes vos indispositions se traitent par le même procédé médical, pathologique et physiologique, c’est-à-dire le repos de l’organe ou des organes selon la circonstance1. Je ne sais pas si les médecins sont comme les juges qui rendent des SERVICES plutôt que de la JUSTICE, qui font de la complicité plutôt que de la consultation. Je serais tentée de le croire en voyant la merveilleuse coïncidence de votre refroidissement pour moi et les ORDONNANCES DE JUILLET de votre purgon2 ordinaire. Il viendra pourtant un moment où toutes ces suspensions ou suspensoirs, car les deux s’emploient et se disent, ne pourront plus vous servir que comme CAUTIONNEMENT pour l’emploi de surintendant du sérail d’un shahb quelconque. Je vous engage à méditer là-dessus et à ne pas trop laisser rouiller votre fourniment car de mon côté je veille et je garde mes armes.

Voilà ce que j’avais à vous dire dès le matin à jeun. Tirez-en les conséquences que vous voudrez, mais méfiez-vous de la [illis.]

Juju.


Notes

1 Hugo prétend que les médecins lui prescrivent l’abstinence sexuelle. En réalité il réserve ses faveurs à sa maîtresse Léonie Biard, dont Juliette ignore l’existence.

2 Molière, grand pourvoyeur d’antonomases, a baptisé Monsieur Purgon l’un des médecins, amateur de purges, du Malade imaginaire.

Notes manuscriptologiques

a « tirelarigo ».

b « scha ».


« 17 juillet 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 209-210], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1019, page consultée le 02 mai 2026.

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Je suis bien contente pour toi, mon cher bien-aimé, que tu ne sois pas forcé de sortir par cette chaleur et surtout d’aller t’enfermer dans ce four humain chauffé à blanc encore plus par la haine, par la stupidité, par la mauvaise foi, l’envie et la colère que par la chaleur du bon Dieu. Cependant je crois qu’il m’arrivera de regretter, pour mon compte personnel, le temps où je t’accompagnais tous les jours jusqu’à la porte de cette fournaise si, comme je le crains trop, tu viens moins me voir que lorsque je te conduisais à ton échoppe de représentant. Mais, n’anticipons pas sur ses regrets à venir, car chaque jour amène ses mystifications et Dieu sait avec quelle ponctualité la providence me sert de ce côté-là. Soigne-toi, mon adoré, n’abuse pas dans le sens inverse du congé demandéa aux noms de ton repos et de ta santé et tâche de m’aimer encore un peu si c’est possible, ce dont je doute un peu. L’amour ne refleurit pas deux fois pour une seule Juju. Ce chef-d’œuvre d’horticulture, ou ce phénomène plutôt, ne se produira pas pour moi. Je n’ai pas la fatuité de l’espérer. Aussi, mon pauvre adoré, je compte avec désespoir tousb les pétales qui tombent de ce beau bouquet d’amour qui faisait mon orgueil, ma joie et mon bonheur. Bientôt il n’en restera plus que le souvenir dans mon pauvre cœur fidèle et pieux. À ce moment-là je voudrais mourir pour l’emporter au ciel.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « demander ».

b « toutes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.