« 4 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 338-339], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e153, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 4 septembre 1853, dimanche après-midi, 1 h.
Cher bien-aimé, je voudrais pouvoir t’envelopper de mon âme pour te soustraire au souvenir douloureux d’aujourd’hui1. Je voudrais pouvoir faire de mon amour la consolation de ta vie et de mon dévouement l’échelle de ton bonheur. Pour te suivre, pour te caresser, et pour te calmer, ma pensée prend toutes les formes, depuis les rayons du soleil qui te font une auréole, jusqu’au souffle d’air qui baise tes cheveux et aux gouttes de rosée tombées des yeux des anges aujourd’hui. Tout ce que tu vois, tout ce que tu entends, tout ce que tu sens de grand, de doux et de sublime en ce moment sort de mon cœur pour aller consoler le tien. Mon esprit va de la terre au ciel et du ciel à la terre pour y porter tes éternels regrets et t’en rapporter les ineffables bénédictions de nos deux enfants2. Je suis tout à toi et tout en toi. Je vis pour t’aimer et je t’aime pour vivre. Je n’existe que pour cela et par cela. Le jour où je ne pourrai plus t’aimer sera la mort de mon corps et de mon âme. Mais ce jour n’arrivera jamais puisque l’immortalité de l’amour fait l’immortalité de l’âme. À toi donc mon éternelle adoration, mon divin bien-aimé.
Juliette
1 Dixième anniversaire du décès de Léopoldine qui s’est noyée en Seine le 4 septembre 1843.
2 Léopoldine Hugo et Claire Pradier, fille de Juliette et de James Pradier, morte le 21 juin 1846 à l’âge de dix-neuf ans.
« 4 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 340-341], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e153, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 4 septembre 1853, dimanche après-midi, 1 h. ½
Je ne sais pas encore si je sortirai, mon Victor, tant je me trouve bien dans ma solitude pieuse. Si je me décide à mettre les pieds dehors, ce ne sera que dans l’espérance de retrouver tes traces dans le ciel et de respirer ton âme dans l’air. Autrement, je resterai chez moi à t’attendre et à t’aimer dans mon atmosphère d’amour. De ton côté, mon Victor, pense un peu à moi dans ta tristesse et ne crains pas de faire peser ta douleur sur mon cœur si tu y trouves un peu de soulagement. Tâche d’appuyer une partie de ton courage et de ta résignation sur mon âme qui ne te manquera jamais, quoi qu’ila arrive en ce monde et dans l’autre. Je te supplie de ne pas faire d’imprudence pendant toute cette longue et triste journée. Je regrette d’avoir oublié de te donner ta serviette à bain que j’avais pourtant apprêtée d’avance. D’un autre côté, il vaut peut-être mieux que tu t’abstiennes de te baigner aujourd’hui à cause de l’incertitude du temps et des changements d’heure des repas. Mon Victor adoré, ménage-toi au physiqueb comme au moral pour que j’aie plus longtemps à t’admirer et à t’adorer, et reviens- moi le plus tôt possible.
Juliette
a « quoiqu’il ».
b « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
