16 août 1853

« 16 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 284-285], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e887, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour, mon pauvre petit homme détripé1, bonjour. Hélas ! Voilà ton tripa2 tombé dans l’eau au moins pour aujourd’hui. J’en ai la DOUCE ESPÉRANCE, pourquoi ne pas l’avouer ? D’autant plus que l’ordre et la marche du susdit, y compris le DÎNER SUR L’HERBE, n’est pas très regrettable. Tu en seras quitte pour te résigner à passer quelques minutes de plus avec moi et pour manger commodément un bon dîner chaud chez Le Flô Flôb. En somme, tu n’es pas tellement à plaindre que je ne puisse pas rire de l’incident comme une petite bossue que je ne suis pas. Et puis, comme compensation, quelle admirable journée hier ! Que de splendeur autour de nous et que de bonheur dans mon cœur ! J’étais si heureuse que j’en avais la bouche contractée au point de ne pas pouvoir l’ouvrir pour laisser passer des cris de joie. Il y a deux ans, à pareil jour, nous fîmes ensemble le petit voyage de Pontoise3. T’en souviens-tu, mon adoré bien-aimé ? Ce jour là, j’ai prié pour toi devant l’autel de la Vierge toute parée de fleurs et je l’ai suppliée de faire que tu m’aimes toujours et que je ne sois jamais un obstacle à ton bonheur quel qu’il soit. Hier j’ai prié le bon Dieu dans son temple naturel et je lui ai demandé la même faveur : ton amour ou ma mort. J’espère qu’il ne me refusera pas l’un des deux. En attendant, je t’adore comme si j’étais sûre de vivre mille ans.

Juliette


Notes

1 Privé d’excursion

2 Excursion.

3 En 1851, pour l’Assomption, Hugo et Juliette font une excursion à Pontoise où ils prient sur l’autel de la Vierge pour le bonheur de leur couple meurtri par la découverte, faite par Juliette deux mois plus tôt, de l’existence d’une autre femme dans la vie de Hugo, Léonie Biard.

Notes manuscriptologiques

a « tripe ».

b « Leflô ».


« 16 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 286-287], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e887, page consultée le 03 mai 2026.

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Je trouve que vous abusez trop du prétexte de la pluie pour rester chez vous. Si je ne dois rien gagner à ce déluge, j’aime autant le soleil. J’ai pourtant usé d’adresse en ne vous envoyant pas vos gants. Il est vrai qu’il suffit que vous veniez les chercher cinq minutes avant le Balthazar. En somme, mon traquenard est faible et j’aurais mieux fait de vous les envoyer simplement. C’eût été plus digne, plus fier, plus fort et plus grand. On ne pense pas à tout, même dans une île.

Je ne me suis pas habillée pour pouvoir raccommoder votre cloaque de culotte sans peur et sans reproche pour la propreté et l’économie. Quant à la laver, je vous le conseille moins que jamais ; car, outre l’inconvénient du déteignage, il y a celui du raccourcissement et du rétrécissement qui est radical car vous ne pourriez plus entrer dedans. Maintenant, si vous persistez, je m’en lave les mains, ce qui ne sera pas une vaine formalité proverbiale. Vous saurez du reste que je continue d’éternuer à en cracher la langue et les dents. Je suis comme une femme saoule. Je cherche mon centre de gravité sans pouvoir le trouver. Telle est ma situation grave. Ajoutez que je vous attends, que je bisque, et que je rage comme une puce dans un pâté de foie gras.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.