« 18 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 408-409], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e448, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 octobre 1853, mardi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon cher petit cavalier, bonjour, mon cher petit sorcier, bonjour mon doux amour, bonjour mon sublime bien-aimé, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? As-tu mieux dormi que la nuit dernière ? Que fais-tu ce matin ? Il serait malheureux que Bonya n’ait pas eu de chevaux1 aujourd’hui car il fait un temps ravissant et de plus en plus rare dans cette île pluviarde. J’espère qu’il aura eu la précaution de se ménager des montures pour ses écoliers ce matin et que vous chevauchez déjà par monts et par vaux, le dos au soleil et le nez aux Jersiaises. Quant à moi, je tâcherai d’aller voir la citoyenne Guay tantôt. En attendant je m’épêche et je m’éplume pour arriver à temps. Je ne vous demande pas de me faire sortir aujourd’hui à cause de la poste. Mais si vous pouviez concilier les deux choses à la fois, je n’en serais pas autrement fâchée car, depuis le tripb2 de mercredi dernier, je ne suis pas sortie si ce n’est une fois avec toi pour aller à la poste. Or ce n’est pas beaucoup, ce n’est même pas assez pour une Juju aussi avide de Toto et de soleil d’encrec et de bonheur que moi3.
1 Fin 1852, sur les conseils de Victor Hugo le proscrit Félix Bony ouvre une école publique d’équitation, ce qui lui permet de gagner un peu d’argent. Dans le courant de l’été 1853, le poète ainsi que ses fils et Auguste Vacquerie commencent à prendre des leçons. À en croire les félicitations « Bravo cosaques » que le colonel hongrois et proscrit Téléki adresse au groupe après l’avoir observé galopant sur la plage en 1854, ces leçons finissent par porter leurs fruits (Hovasse, op. cit., t. 2, p. 225).
2 Excursion.
3 La lettre n’est pas signée.
a « Bauny ».
b « tripe ».
c « ancre ».
« 18 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 410-411], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e448, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 octobre 1853, mardi midi, 1 h. ½
Il m’a semblé reconnaître ta voix et celle de ton fils Charles tout à l’heure au moment où Suzanne allait au marché. Mais, je n’ai pas pu m’en assurer parce que j’étais en train de me peigner. Si c’était toi, mon cher petit bien-aimé, d’où venais-tu à cette heure fausse qui est entre ta leçon et ton déjeuner ? A moins que, poussés par une ardeur hippique1, vous n’ayez prolongé votre leçon au-delà de l’heure et que vous ne soyez revenus par la ville et le Havre-des-Pas2 ? Cette version n’est point invraisemblable et je l’adopterai volontiers si vous me la donnez. En attendant, je me dispose à profiter du beau temps pour faire cette visite quasi obligatoire. Dans le cas où tu viendrais dans l’intervalle, je te laisserai un petit mot pour te dire l’heure précise à laquelle je suis sortie et le chemin par lequel tu pourras venir au devant de moi si tu en as le temps. Il paraît que ce n’était pas toi tout à l’heure car Suzanne qui devait être sur ton passage dans ce moment-là ne t’a pas vu. Je me serai méprise, voilà tout et j’aurai fait faire fausse route à mes tendresses. Heureusement que j’en ai de rechange et d’inépuisables et vous ne vous en apercevrez que trop dès que l’occasion s’en présentera. En attendant je t’aime entre cuir et chair, autrement dit entre pataquès et coq-à-l’âne, et je t’adore jusque dans la moelle de mes os et le fin fond de mon âme.
Juliette
1 Hugo prend des leçons d’équitation auprès du jeune proscrit Félix Bony.
2 Hameau de pêcheurs situé sur le territoire de la commune de Saint-Hélier où Juliette loue ses logements successifs.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
