25 septembre 1853

« 25 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 374-375], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e926, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon tant bien-aimé, bonjour, mon ineffable petit homme, bonjour, mon grand adoré, bonjour. Dormez car le temps des cavalcades et des tripsa1 est un peu brouillé. Quant à moi, je ne m’en plains pas autrement si cela doit me donner le bonheur de vous voir quelques instants de plus aujourd’hui, telle est ma générosité. En attendant, dormez et tâchez de faire de doux rêves avec mon amour réel. Du reste, mon pauvre petit ver à soie, je crois que voilà la BELLE saison finie pour cette année à en juger par le froid qu’il fait depuis huit jours. Il est probable qu’à cause de vous, je ferai faire du feu chez moi tantôt. Ces remarques prodigieuses et ces projets héroïques vous démontrent toute la sagacité de mon jugement et toute la force de mon esprit. Voime, voime, beaucoup d’esprit

J’espère que vous reconnaîtrez cecib au passage à moins que vous ayez oublié tous les hideux petits dont vous êtes l’illustre père. Quant à moi, je me souviens toujours que je vous adore.

Juliette


Notes

1 Excursions.

Notes manuscriptologiques

a « tripes »

b « ceci » renvoie à « A » écrit à gauche de « J’espère » et à « [Ernest ?] écrit à gauche de « reconnaîtrez ».


« 25 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 376-377], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e926, page consultée le 01 mai 2026.

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Que tu es bon et que je suis méchante, mon grand bien-aimé, que tu es irrésistiblement adorable et que je suis antipathiquement maussade et stupide, hélas ! Que d’amour et que de reconnaissance ne te dois-je pas pour ton inépuisable et ineffable patience et douceur pour moi et quelle honte et quelle colère mon autre moi ne doit-il pas avoir pour le moi absurde et inepte qui s’abrite sous la peau de Juju ? Pour en finir avec mes remords, je me réfugie dans mon amour et je t’aime sans songer à autre chose dans ce monde. De ton côté, mon adoré, oublie MA SUSCEPTIBILITÉ BÊTE de ce matin et tâche qu’elle ne te laisse aucune trace dans le cœur. Et puis, sois gai, sois heureux à ce Balthazar1 jersiais2. Mange bien, ris bien, plais bien et pense à moi sans tristesse et sans ennui. Je t’adore. Tout est passé. Je suis TRÈS GEAIE, TRÈS BONNE, TRÈS AIMABLE ET TRÈS HEUREUSE car je t’adore de la pensée, du cœur et de l’âme.

Juliette


Notes

1 Balthazar : repas somptueux, festin.

2 Victor Hugo et les siens sont invités à dîner chez les Asplet (voir le Journal d’Adèle Hugo, à la date du 25 septembre, qui évoque la séance de tables parlantes qui suit le repas).


« 25 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 378-379], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e926, page consultée le 01 mai 2026.

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Mon cœur déborde d’admiration, de tendresse et d’amour pour toi, mon cher adoré, et je ne résiste pas au besoin de te le dire. Tout ce que je t’ai dit et écrit depuis ce matin, me semble froid, insipide et maussade auprès de ce que j’éprouve maintenant. Je voudrais te servir à genoux, t’envelopper de soins et de caresses, et baiser la trace de tes chers petits pieds. Je voudrais être pour toi, à la fois, une servante attentive, une tendre mère et une amante passionnée. Je voudrais être la terre qui te porte, l’air qui baise tes cheveux, le soleil qui te sourit. Je voudrais être ton appui, ton espérance et ta gloire. Je voudrais être ta joie, ton bonheur et ton ciel. Mon Victor, mon Victor, mon Victora, tu ne sauras jamaisb combien je t’aime, même l’éternité m’étant donnée pour te le dire ! Tout en moi s’est fait amour et adoration pour toi. Tout ce qui n’est pas toi m’est insupportable et odieux. Aussi, quand je désire me rapprocher d’un être humain, ce n’est que pour avoir l’occasion de dire à quelque chose d’animé à quel point je t’aime, je t’admire et je t’adore. Tu le sais bien, n’est-ce pas mon bien-aimé ? Car j’ai eu à Paris bien des occasions de distractions dont je n’ai jamais voulu profiter parce que je n’aurais pas pu m’en servir pour épancher le trop-plein de mon cœur. Cher adoré, sois heureux ce soir et toujours, et fais partager ta joie et ton bonheur à tous les chers tiens. Pense à moi avec tendresse et bonté et souris-moi de l’âme pour que quelque chose de divin rayonne sur ma vie dans ce moment. Je baise tes chers petits pieds.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a À l’interligne inférieur, on lit, écrit à l’envers : « Jersey juillet 1853 »

b À l’interligne inférieur, on lit, écrit à l’envers : « 31 août Jersey 4 h »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.