28 juillet 1853

« 28 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 226-227], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1070, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon grand affairé, bonjour. Je ne sais pas quelles seront les nouvelles choses que vous aurez à fouetter aujourd’hui mais je voudrais bien que vous trouvassiez le moment de venir un peu auprès de moi, car à force d’attendre je n’ai plus de patience à mon service. J’ai beau me couper en morceaux, je ne parviens pas à exciter en vous deux minutes d’intérêt ou d’attention. Ah ! Mais j’emploierai un autre moyen et qui ne sera plus MANCHOT pour vous forcer à me traiter presque aussi bien qu’un chien. En attendant je bisque et je tiens ma main sur mon cœur comme les caniches funéraires des convoisc du pauvre. Tout cela est mélancolique et ne me réjouit pas plus la vue que le cœur. Cependant, je ne veux pas abuser de l’élégie ce matin. Je veux au contraire porter ma rage à poing fermé. Pauvre petit homme, vous voyez que je fais tout mon possible pour être geaie et pour croire que vous m’aimez un peu. Ce ne sera pas de ma faute si je n’y parviens pas, et il faudra pour cela que vous y mettiez bien de la mauvaise volonté. En attendant je vous attends. Attendrai-je encore longtemps ?

Juliette


Notes manuscriptologiques

a Le chiffre « 5 » est écrit (par Juliette ?) avant « Jersey ».

b Un « 2 », en plus petit caractère, d’une main inconnue, a été barré entre « 1853 » et « jeudi ».

c « convoi ».


« 28 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 228-229], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1070, page consultée le 04 mai 2026.

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Te voilà parti et le soleil avec toi, mon cher petit homme. Et je reste seule ici avec la pluie, triste compagnie, même quand on en a l’habitude. Cependant, je suis bien heureuse de t’avoir vu tout à l’heure et je t’en remercie du fond du cœur, car ho !a, je sais combien ton temps est pris. Tâche de ne pas oublier ton discours1, mon cher petit homme, car ha !!b je viens de l’annoncer à la mère Luthereau dans une lettre que j’aurais dû lui envoyer depuis plus d’un mois. Il est essentiel d’entretenir une sorte de dévouement de ce côté-là, hein !!!c car c’est une personne qui ne vous devient pas impunément indifférente, tu le sais bien. Aussi, je ferai toujours ce que je pourrai pour entretenir chez elle le peu d’enthousiasme qu’elle peut ressentir pour ton génie qu’elle ne comprend pas. Voilà, mon cher petit Toto, le secret de mon insistance au sujet de ton nouveau discours. Et puis, si cela te gêne et te paraît tout à fait inutile, je ne la lui enverrai pas et tout sera dit. Ce qui ne le sera jamais, dit, autant que je le sens, c’est combien je t’aime quand j’y passerais mes jours et mes nuits pendant toute l’éternité. Aussi j’y renonce tout bonnement. Je me contente de vous en rebattre les oreilles en toute occasion, quitte à vous en rendre sourd. Tel est mon style.

Juliette


Notes

1  Il pourrait s’agir du discours que Victor Hugo prononce au cimetière de Saint-Jean sur la tombe de Louise Julien : « Citoyens, trois cercueils en quatre mois. La mort se hâte, et Dieu nous délivre un à un […]. Cette fois l’être inanimé et cher que nous apportons à la tombe, c’est une femme […]. Ah ! une telle tombe n’est pas muette ; elle est pleine de sanglots, de gémissements et de clameurs […]. Ah ! M. Bonaparte a fait taire la tribune ; c’est bien ; maintenant qu’il fasse donc taire le tombeau ! Lui et ses pareils n’auront rien fait tant qu’on entendra sortir un soupir d’une tombe, et tant qu’on verra rouler une larme dans les yeux augustes de la pitié. Pitié !… Ce mot que je viens de prononcer, il a jailli du plus profond de mes entrailles devant ce cercueil, cercueil d’une femme, cercueil d’une sœur, cercueil d’une martyre ! Pauline Roland en Afrique, Louise Julien à Jersey […] » (CFL, t. VIII/2, p 870-873).

Notes manuscriptologiques

a « oh !» est ajouté à l’interligne supérieur.

b « ha !! » est ajouté à l’interligne supérieur.

c « heim !!! » est ajouté à l’interligne supérieur.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.