« 13 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 115-116], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.874, page consultée le 27 janvier 2026.
13 juillet 1851, dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon Victor bien aimé, bonjour et BEAU jour ; bonjour, avec tout ce qui donne
la santé, la joie et le bonheur, bonjour. Si tu savais quelle douce joie je me
promets, de passer une partie de cette journée seule auprès de toi, tu comprendrais
jusqu’à quel point tu es ma vie, mon souffle et mon âme.
Pauvre cher bien-aimé,
je ne me défie pas de toi, Dieu le sait, mais je crains que tu ne t’abuses toi-même
sur le véritable état de ton cœur. Je crains que tu ne prennes l’intérêt et le
dévouement que je t’inspire pour un sentiment plus tendre et que tu ne te sacrifies
sans le savoir dans ce moment-ci à une sorte de mirage d’amour que je ne peux plus
t’inspirer. L’épreuve, ou plutôt les épreuves qui vont avoir
lieu bientôt, t’éclaireront mieux sur tes véritables sentiments que ne le saurait
faire cette lumière douteuse de la pitié. Jusqu’à ce qu’elles aient fait le plein
jour
dans ton cœur il m’est impossible de me livrer en toute sécurité au bonheur de t’avoir
retrouvé tout entier. Attendons que des rapprochements et des relations renouées aient
passé et repassé sur ta vie comme sur un pont suspendu dont
on veut éprouver la solidité et Dieu veuille que le poids n’[illis.] pas mon espérance à
moitié chemin. J’attends avec une douloureuse anxiété le résultat de ces épreuves
décisives pour tout le monde. Quelles qu’elles soienta je m’y soumets et je les accepte en mettant
d’avance tout mon courage, toutes mes forces et toute ma résignation au service du
bonheur.
Quant à l’autre supposition je n’y hasarde ma pensée qu’en tremblant,
comme si elle allait se dérober sous elle comme une planche trop faible pour supporter
tant de bonheur. Si c’est moi que tu préfères, si c’est bien moi que tu aimes, mon
Victor, je n’aurai pas assez de ce qui me reste à vivre pour en témoigner ma
reconnaissance au bon Dieu. Pas assez de joie, de baisers et de bénédiction pour t’en
remercier.
Juliette
a « Quelqu’elles soient ».
« 13 juillet 1851 » [source : Leeds], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.874, page consultée le 27 janvier 2026.
13 juillet [1851], dimanche soir, 8 h.
Je ne t’ai pas encore tout dit, mon bien-aimé, car je ne me souviens pas d’avoir
commencé à t’aimer et je sens que cela ne finira jamais.
Ce n’est peut-être pas
une raison suffisante pour excuser l’intempérance de gribouillis à laquelle je me
livre mais tu[Il manque une page complète.]
qui t’a touché, tout ce qui s’est répandu de toi dans mon honnête petite chambre,
me
console, me parle, me regarde, m’enivre, m’imprègne, me caresse et m’aime comme
quelque chose de vivant. Je veux tâcher de garder cette douce illusion jusqu’à ce
que
tu reviennesa auprès de moi, c’est
pour cela que je suis si heureuse de ma solitude, que je m’y plais et que je la bénis.
Si tu ne peux pas revenir ce soir, mon bien-aimé, tâche de ne pas veiller trop
tard ; ménage tes forces pour la lutte qui va s’engager cette semaine ; soigne ta
santé qui est ma vie. Pense à moi si tu peux et aime-moi si tu l’oses. Je te baise
dès
à présent et pendant toute l’éternité.
Juliette
a « revienne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
