« 11 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 246-247], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11081, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, vendredi matin [11 septembre 1835], 8 h. ½
Bonjour, mon adoré, hélas, hélas, le temps ne s’annonce pas plus beau aujourd’hui
qu’hier. J’espère pourtant que tu trouveras un moyen quelconque d’arriver jusqu’à
moi,
pauvre abandonnée. À défaut de jalousie, j’espère que la pitié te remémorera ceci :
Qu’importe ce que peut un nuage des airs, Nous jeter en passant
de tempête et d’éclairs ?1 et que je te verrai aujourd’hui ne fût-ce que le
moment de te voir. Mais j’ai besoin de te voir, je veux te voir.
J’ai été
réveillée cette nuit par des huissiers. L’étonnement m’a
réveillée et comme ma veilleuse était éteinte et que j’avais cru entendre des pas
dans
le jardin, j’ai ralluméa ma bougie
et j’ai vub qu’il était 4 h. ¾, qu’il
faisait mauvais temps et que par conséquent, j’avais peu de
chance de vous voir, ce qui m’a remplic l’âme de tristesse. Enfin je me suis rendormie et j’ai fait un
rêve charmant, mais ce n’était qu’un rêve. Vous veniez me chercher pour faire notre voyage en me disant qu’on resterait aux Roches. Pendant
ce temps-là, j’étais bien contente et bien heureuse. Lorsqu’en me réveillant j’ai
revud l’affreux temps qu’il faisait,
cela m’a un peu désenchantée et me voilà de nouveau triste et inquiète, ne sachant
pas
si vous viendrez. Si vous m’aimiez autant que je vous aime, vous viendrez malgré le
déluge lui-même. Mais, mais, mais, moi, c’est différent. J’ai plusieurs fois affronté
la mort l’année dernière pour vous voir. Nous verrons ce que vous ferez en cette
occasion.
Je vous aime, je vous désire, je vous aime, je vous désire, je vous
aime, je vous désire.
Juliette
Je vais me mettre au coin du feu car j’ai froid jusque dans les os. Je vais penser à vous bien fort.
1 Juliette emprunte cette réplique à Hernani répondant à doña Sol, dans Hernani (1830), drame de Victor Hugo en cinq actes, acte I, scène 2 : « Moi ! je brûle près de toi ! / Ah ! quand l’amour jaloux bouillonne dans nos têtes, / Quand notre cœur se gonfle et s’emplit de tempêtes, / Qu’importe ce que peut un nuage des airs / Nous jeter en passant de tempête et d’éclairs ! ».
a « rallumée ».
b « vue ».
c « remplie ».
d « revue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
